S'agissant de Stephen Frears, il y a les jours avec, et les jours sans, comme l'on dit. Ceux où le cinéaste se révèle un modèle d'affabilité, et les autres, plus fréquents, où il se mue en champion du laconisme, sans qu'il faille d'ailleurs y chercher de raison objective. Et là, alors qu'on le rejoint dans le jardin de son hôtel vénitien où il en finit tranquillement d'un plat de pâtes, il ne fait guère de doute qu'il ait opté pour la fréquence monosyllabique, intuition qui ne tardera pas à se vérifier -il faudra 73 questions à la poignée de journalistes lui faisant face pour venir à bout des 22 minu...

S'agissant de Stephen Frears, il y a les jours avec, et les jours sans, comme l'on dit. Ceux où le cinéaste se révèle un modèle d'affabilité, et les autres, plus fréquents, où il se mue en champion du laconisme, sans qu'il faille d'ailleurs y chercher de raison objective. Et là, alors qu'on le rejoint dans le jardin de son hôtel vénitien où il en finit tranquillement d'un plat de pâtes, il ne fait guère de doute qu'il ait opté pour la fréquence monosyllabique, intuition qui ne tardera pas à se vérifier -il faudra 73 questions à la poignée de journalistes lui faisant face pour venir à bout des 22 minutes 45 secondes d'interview consenties par le réalisateur de The Queen, Tamara Drewe et My Beautiful Laundrette. Soit quelques-unes des réussites majeures d'un parcours appréciable que vient relever aujourd'hui Philomena, film savoureux et par ailleurs objet d'une non-rencontre orchestrée avec le sourire, entre fausse entrée et prompte sortie. Si d'autres se verraient taxer de mauvais coucheurs pour moins que ça, Frears a le chic pour mettre les formes à sa mauvaise volonté, troquant volontiers la mine renfrognée pour un sourire entendu -on est là, pour ainsi dire, entre habitués, il est vrai. Et allant jusqu'à rire de bon coeur lorsque l'un de ses interlocuteurs lui demandera comment un homme de si peu de mots s'y prend pour expliquer à ses comédiens ce qu'il attend d'eux. Pour répondre, comme l'on professerait une évidence, n'avoir pas à le faire, formule sibylline qu'il assortira, à force d'insistance, d'une allusion à Woody Allen: "Si vous engagez les bons acteurs, la meilleure chose que vous ayez à faire est de vous taire." Ce qui, dans son chef, pourrait tenir lieu de mantra. Insensiblement, et dans la litanie des "No","Yes"et autres "I don't know" balisant les échanges, le pince-sans-rire laisse toutefois deviner un cinéaste angoissé. "A mon âge, on peut s'estimer heureux de se voir proposer du travail, et encore plus si c'est avec Judi Dench", observe-t-il sur un ton badin, avant de confesser que l'idée même de la retraite lui est insupportable. Le voilà qui, du coup, enchaîne les projets à un rythme voisin de celui de Woody Allen justement -son prochain, un biopic consacré à Lance Armstrong est en cours de tournage, avec pour effet, une qualité forcément inégale. Il suffit ainsi de jeter un coup d'oeil à Lay the Favorite, son précédent opus, pour se convaincre que l'expérience ne met pas à l'abri des déconvenues. Ce qui ne semble pas l'affecter outre mesure, lui qui observe ne connaître que trois catégories de films: "Ceux qui trouvent un public; ceux qui auraient mérité d'en trouver un mais ne l'ont pas fait; et ceux qui ne méritaient pas d'en trouver un..."Inspiré du livre The Lost Child of Philomena Lee, de Martin Sixsmith, Philomena devrait ressortir à la première catégorie. C'est là un Frears grand cru, devant beaucoup de sa saveur à un savant dosage de comédie et de tragédie, relevé de cette causticité n'appartenant qu'à lui. Et le reste, après tout, n'est que du cinéma...