Dans le temps, ils étaient considérés comme des cinglés tendance masochistes. À tout le moins des excentriques que personne ne prenait vraiment au sérieux. Certains ne sortaient que la nuit. Gênés à l'idée d'être vus en public, ils se jetaient même dans le fossé quand des phares approchaient. Moulés dans leur...

Dans le temps, ils étaient considérés comme des cinglés tendance masochistes. À tout le moins des excentriques que personne ne prenait vraiment au sérieux. Certains ne sortaient que la nuit. Gênés à l'idée d'être vus en public, ils se jetaient même dans le fossé quand des phares approchaient. Moulés dans leurs petits shorts aux allures de sous-vêtements, d'autres ont été arrêtés parce qu'ils se promenaient torse nu et qu'on les prenait pour des pervers. Avant de prendre d'assaut nos villes et nos campagnes, de s'entraîner dans nos parcs sur le temps de midi, les coureurs à pied hors stade étaient des rebelles et des marginaux. Ils s'exprimaient à travers leurs jambes et la course comme d'autres allaient à Woodstock. Très habilement monté, rythmé par des images d'archives et des interviews de pionniers, le documentaire de Pierre Morath se souvient d'un temps (les années 60) où on croisait cinq runners en une heure de jogging à Central Park. Une époque où courir en dehors des pistes sans être un champion était mal vu... Il raconte les femmes longtemps interdites de compétition sur les distances dépassant les 100 mètres. Les mensonges des médecins et des autorités. Les liens entre la course et l'émancipation. De Kathrine Switzer (première femme à franchir la ligne d'arrivée d'un marathon avec un dossard) à Steve Prefontaine (amateur forcé qui gagnait tout mais vivait dans une caravane parce qu'il avait osé défier la fédération), Free to run est une ode à la course à pied et un appel à la liberté.