Un généreux soleil baigne de sa lumière l'imposant et superbe bâtiment de l'Opéra de Paris. Debout, à la fenêtre, Frédéric Beigbeder admire la vue et se souvient de L'Age heureux. Gamin, il aimait regarder à la télévision cette série située parmi les petits rats de l'Opéra. " Il y avait une scène où les jeunes danseuses évoluaient sur le toit, l'une d'entre elles en tombait, se rappelle l'écrivain, et cette chute m'avait beaucoup ému, j'y avais ressenti une forte dimension érotique..." Beigdeder mettra quelques minutes à s'asseoir, arpentant la pièce ...

Un généreux soleil baigne de sa lumière l'imposant et superbe bâtiment de l'Opéra de Paris. Debout, à la fenêtre, Frédéric Beigbeder admire la vue et se souvient de L'Age heureux. Gamin, il aimait regarder à la télévision cette série située parmi les petits rats de l'Opéra. " Il y avait une scène où les jeunes danseuses évoluaient sur le toit, l'une d'entre elles en tombait, se rappelle l'écrivain, et cette chute m'avait beaucoup ému, j'y avais ressenti une forte dimension érotique..." Beigdeder mettra quelques minutes à s'asseoir, arpentant la pièce du palace parisien où il nous reçoit pour évoquer son premier film, adaptation de son roman L'amour dure trois ans. (lire critique dans le Focus du 13 janvier). " Je pense mieux quand je marche!", explique-t-il avant de citer Montaigne: " Mes pensées dorment si je les assieds." L'auteur et désormais réalisateur adhère à l'opinion de Francis Veber, à qui on demandait quel était le ressort essentiel du comique et qui répondait sans hésiter: " la méchanceté!" " Ce qui nous amuse, que ce soit chez Guitry ou chez Woody Allen, c'est la cruauté, bien sûr, réagit Beigbeder, le ridicule et l'humiliation. Pour mon film, j'avais très envie que mon personnage, au départ très sûr de lui, arrogant et cynique, soit constamment torturé par tout le monde, et passe d'humiliation en humiliation, qu'elles lui soient infligées par son éditeur, sa mère, son père, ou la femme qu'il aime. Un film dont le personnage principal réussit tout ne peut être une comédie. C'est un film de super-héros, alors. Les seuls super-héros vraiment intéressants étant ceux qui ont un problème... Moi, celui que je préfère, c'est Iron Man, parce qu'il est le seul qui soit alcoolique!" L'autodérision, voire l'auto-agression, est bien présente chez celui qui s'expose énormément, sans se faire de cadeau, dans L'amour dure trois ans. " L'affirmation du titre est évidemment des plus absurdes, commente Beigbeder, car l'amour, comme le dit justement Carmen, n'a jamais connu de loi. On ne peut prétendre organiser l'incontrôlable. Le monde est un chaos, l'amour est un désordre!" Durant les 15 ans qui séparent le roman du film, pas mal de choses ont changé, selon un auteur pensant qu'aujourd'hui, " dire "je t'aime " a quelque chose de ridicule. Une fille à qui un garçon dit cela va éclater de rire, alors qu'il fut un temps où pareille déclaration avait quelque chose de solennel et valeur d'engagement..." " Je ne serai sans doute jamais guéri de mes atermoiements et de mes problèmes avec les femmes", explique celui qui est, sous une surface piquante, un grand romantique. " Je suis devenu moins nihiliste, moins sombre, lâche Frédéric Beigbeder , je m'émerveille devant la chance énorme que c'est de rencontrer quelqu'un qui nous fait tourner la tête. Même si on sait que ce sera éphémère, voire décevant au bout du compte. J'aime certes le sarcasme, j'espère que ce que je fais est corrosif. Mais je suis aussi un petit lapin, sensible à la féérie, à l'illusion d'un bonheur durable. C'est merveilleux d'aimer, même si on est ridicule, même si ça finit trop vite. Et alors? Et alors?" LOUIS DANVERS