Un titre en quatre mots. Frappant. Terrifiant. Prometteur de frissons et d'étrangeté. Les Yeux sans visage. Ce film de 1960 occupe sa juste place au panthéon du cinéma d'épouvante, et sert de bannière aux admirateurs trop peu nombreux d'un cinéaste encore aujourd'hui tristement sous-estimé: Georges Franju. Il faudrait revoir son fascinant Judex marqué d'expressionnisme, son adaptation de Thérèse Desqueyroux, l'héroïque Thomas l'imposteur, le mystérieux Nuits rouges et son premier long métrage réalisé en 1958: La Tête contre les murs, captivante adaptation du roman d'Hervé Bazin sur un jeune homme victime de l'enfermement...

Un titre en quatre mots. Frappant. Terrifiant. Prometteur de frissons et d'étrangeté. Les Yeux sans visage. Ce film de 1960 occupe sa juste place au panthéon du cinéma d'épouvante, et sert de bannière aux admirateurs trop peu nombreux d'un cinéaste encore aujourd'hui tristement sous-estimé: Georges Franju. Il faudrait revoir son fascinant Judex marqué d'expressionnisme, son adaptation de Thérèse Desqueyroux, l'héroïque Thomas l'imposteur, le mystérieux Nuits rouges et son premier long métrage réalisé en 1958: La Tête contre les murs, captivante adaptation du roman d'Hervé Bazin sur un jeune homme victime de l'enfermement psychiatrique. Jean-Pierre Mocky incarnait cet "infirme de la liberté", et c'est lui qui écrivit, peu avant de mourir, la préface du beau bouquin que Frantz Vaillant consacre aujourd'hui au cinéaste disparu en 1987. Georges Franju. Le Dictionnaire d'une vie adopte la forme d'un abécédaire extensif, avec plus d'une entrée par lettre de l'alphabet. En couverture, on retrouve l'incontournable Les Yeux sans visage de 1960, récit effrayant de la dérive d'un chirurgien (Pierre Brasseur) dont la fille chérie est défigurée suite à un accident et qui n'a de cesse de lui greffer un autre visage, quitte, pour ce faire, à assassiner des jeunes filles ressemblant à la sienne. À l'intérieur du livre, c'est une mine d'informations qui s'offre à nous, et qui nous fait mieux connaître un cinéaste en tout point passionnant. Il faut aller à la lettre S et à la page 135 pour y retrouver Le Sang des bêtes, le premier d'une série de courts métrages qui firent connaître Franju. " J'ai fait du cinéma parce que j'avais envie de faire Le Sang des bêtes , et non le contraire", a dit le réalisateur de cette plongée dans l'enfer ordinaire des abattoirs de La Villette. Un film devenu emblématique pour les militants de la cause animale, et un coup de poing visuel comme aimait en décocher Franju l'anarchiste (Les Cahiers du Cinéma devaient faire de lui une des pointes d'un triangle équilatéral de cinéastes anars, les autres étant Jean Vigo et Luis Buñuel). " Je me fous du système!", aimait clamer Franju, dont Jean-Pierre Mocky rappelle dans sa préface qu'il " n'appartenait à aucun groupe, vivait dans les bistros, au milieu des chanteurs". Un inclassable, assurément, qui se sentit gêné de démarrer vraiment sa carrière à un âge déjà mûr à l'heure même où triomphait l'insolente jeunesse de la Nouvelle Vague. Passionné par Méliès, auquel il consacra un court métrage ( Le Grand Méliès), Georges Franju participa en 1936 à la création de la Cinémathèque française, et devint deux ans plus tard secrétaire exécutif de la FIAF, Fédération internationale des Archives du Film. Très attaché à la mémoire du 7e art, il méritait bien l'hommage d'un livre qui n'égale certes pas une somme biographique encore à venir(1), mais qui fait revivre dans un plaisir communicatif une figure singulière de l'histoire du cinéma.