Ils sont sept. Un vrai clan à eux tout seuls mais nettement moins niais que celui d'Enid Blyton, époque Bibliothèque rose. Leurs noms? Léa Belooussovitch (27 ans), Louis Darcel (28 ans), Simon Delneuville (30 ans), Isabelle Escande (29 ans), Alix Hammond-Merchant (27 ans), Julie Larrouy (28 ans) et Alix Le Grouyellec (26 ans). Ils ont en commun d'être passés par l'atelier dessin de La Cambre. Soucieux de ne pas regarder le monde de l'art depuis la rive, ils se sont regroupés, dès 2014, en un collectif qui porte le nom de FRICHE. "Friche, c'est à la fois le lieu, l'intervention, l'oeuvre, l'accrochage, la publication d'un catalogue, l'exposition et tout événement lié au programme déterminé en amont de chaque édition", explique Julie Larrouy. Bien vu: faire d'un endroit désaffecté un lieu de création libre, à la fois pluridisciplinaire et autogéré, faisant exploser les codes des galeries et au...

Ils sont sept. Un vrai clan à eux tout seuls mais nettement moins niais que celui d'Enid Blyton, époque Bibliothèque rose. Leurs noms? Léa Belooussovitch (27 ans), Louis Darcel (28 ans), Simon Delneuville (30 ans), Isabelle Escande (29 ans), Alix Hammond-Merchant (27 ans), Julie Larrouy (28 ans) et Alix Le Grouyellec (26 ans). Ils ont en commun d'être passés par l'atelier dessin de La Cambre. Soucieux de ne pas regarder le monde de l'art depuis la rive, ils se sont regroupés, dès 2014, en un collectif qui porte le nom de FRICHE. "Friche, c'est à la fois le lieu, l'intervention, l'oeuvre, l'accrochage, la publication d'un catalogue, l'exposition et tout événement lié au programme déterminé en amont de chaque édition", explique Julie Larrouy. Bien vu: faire d'un endroit désaffecté un lieu de création libre, à la fois pluridisciplinaire et autogéré, faisant exploser les codes des galeries et autres institutions est plus que louable dans une capitale qui regorge de chancres de ce type. La démarche? Bâtir une aventure éphémère pour "exister collectivement" dans un environnement qui voit proliférer les lieux d'exposition. Entre leurs mains et celles des artistes invités par le collectif à la faveur d'une présentation de projet, les espaces désertés se font laboratoire, résidence et surtout lieu "d'expérimentations et d'échanges entre les acteurs du monde artistique actuel". Depuis la première édition qui s'est déroulée dans une maison privée anderlechtoise en passe d'être rénovée, cette initiative n'a cessé de monter en puissance. "L'idée d'inviter d'autres artistes a surgi en 2016, explique Louis Darcel. L'espace à investir était alors gigantesque et chargé de pas mal d'Histoire. Il s'agissait des anciens bureaux de la maison de disque PIAS. C'est la commune qui nous avait trouvé cette incroyable opportunité. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle avait joué le jeu. Face à l'ampleur de la tâche, on a fait appel à l'équipe." Très révélateur des lignes de force actuelles de l'enseignement des arts plastiques -l'importance portée au contexte dans lequel un plasticien intervient-, FRICHE est une excellente nouvelle pour la scène artistique bruxelloise. On en prend la mesure sur place dans le cadre impressionnant du Hangar de la Senne où se déploie le work in progress de l'édition 2017, la cinquième du nom. Hangar de la Senne? Il s'agit des anciens locaux de l'entreprise électro-technique et mécanique Putman. "À l'origine, l'espace est occupé par deux collectifs, HS63 et La Compilothèque. À la suite du travail accompli dans les anciens locaux PIAS, ces associations nous ont demandé d'intervenir sur place", détaille Alix Hammond-Merchant. D'emblée, l'équipe de FRICHE est séduite par les vastes volumes à coursives qui offrent un terrain de jeu unique, propice aux élaborations "in situ". Guidé par les membres du collectif, on en explore les recoins adoptés par les 25 artistes présents sur le projet. Suivant le parcours à rebours, on débute la visite par les caves dans lesquelles Gauthier Mentré et Vincent Gastout, respectivement sculpteur et céramiste, "se confrontent à de nouvelles dynamiques" selon l'expression des intéressés. Ensemble, ils réalisent une sorte de cavité utérine précieuse à base de chaux et de tourbe. Les effets matière complexes et le jeu chromatique sombre montrent toute la pertinence qu'il y a à inscrire les techniques traditionnelles au sein de l'art contemporain. Très pertinent est également le fait que l'obscure enclave dialogue avec les anciens biefs voûtés de la Senne que l'on a aucune peine à imaginer. C'est également en sous-sol que l'on découvrira le travail de Louis Darcel et que se dérouleront les performances "robotiques" d'Alix Le Grouyellec dont le volume d'Isaac Asimov plié sous le bras trahit les fascinations. Au rez-de-chaussée, on découvre les empreintes murales de Laure Lernoux, un tapis de cire d'Hannah De Corte destiné à garder la mémoire des corps, ou encore une installation d'Antone Israel qui met en scène un projecteur 16mm sur un plateau tournant. La coursive abrite elle aussi des travaux bourrés de talent: les images d'Eva Schippers, le "schieve" bar tiki de Jules Bouteleux et surtout les paysages magnétiques, qui ne se donnent qu'à travers un petit trou, de Justine Bougerol. Aucun doute quant à l'avenir, ces jeunes pousses donneront des fruits juteux. FRICHE, 84, RUE DE LA SENNE, À 1000 BRUXELLES. LES 15 ET 16/04, AINSI QUE DU 20 AU 23/04, ENTRE 14 H ET 18 H. WWW.FRICHE.BE TEXTE MICHEL VERLINDEN