C'était il y a un an quasi jour pour jour. L'on découvrait une renversante exposition au 60 rue de L'Escaut, à Bruxelles. À l'invitation du commissaire Emmanuel Lambion, impitoyable, Enrico Gaido soumettait l'édifice entier à une tension insoutenable. Cette puissante proposition courait tout le long du bâti par le biais d'un câble amarré à un crochet hydrostatique traversant tous les étages. Au bout de celui-ci, dans le grenier, une pierre bleue ventousée susceptible à tout instant de s'écraser sur le plancher. L'installation nous avait sidéré. Lorsque l'on a su que le curateur avait remis le couvert, on s'est précipité. Cette fois, c'est à un autre plasticien...

C'était il y a un an quasi jour pour jour. L'on découvrait une renversante exposition au 60 rue de L'Escaut, à Bruxelles. À l'invitation du commissaire Emmanuel Lambion, impitoyable, Enrico Gaido soumettait l'édifice entier à une tension insoutenable. Cette puissante proposition courait tout le long du bâti par le biais d'un câble amarré à un crochet hydrostatique traversant tous les étages. Au bout de celui-ci, dans le grenier, une pierre bleue ventousée susceptible à tout instant de s'écraser sur le plancher. L'installation nous avait sidéré. Lorsque l'on a su que le curateur avait remis le couvert, on s'est précipité. Cette fois, c'est à un autre plasticien italien qu'il a été demandé d'intervenir. On n'en attendait pas moins. Né en 1984 à Marostica, Alberto Scodro vit et travaille à Nove et Milan. D'emblée, le curateur, qui est également Deputy Director de l'Académie royale des Beaux-Arts, livre l'horizon de la pratique de l'intéressé: " Alberto transforme tout ce qui l'entoure. Au moyen d'un four, il métabolise les objets de son quotidien." De fait, le rez-de-chaussée fait place à une série de petits totems circulaires qui ponctuent le lieu. L'artiste obtient ces sculptures en faisant fondre ensemble du verre, du sable, des pigments et des métaux. L'oeil attentif déniche ça et là les matériaux de cet "arte povera" aux contours granuleux: ampoules, tessons de bouteilles, tubes et vieux robinets. Les murs, eux aussi, témoignent de l'opérante praxis: des carrés à la tonalité terreuse exhibent différents types de stigmates, alvéoles ou légers surgissements. Certes l'esthétique écologique proposée enchante, et les concrétisations en question sont aussi vertueuses que fascinantes. Elles laissent toutefois le visiteur sur sa faim. Où donc est le grand projet promis, le dispositif qui renverse le bâtiment? Patience: il convient de monter au premier étage pour en prendre la mesure, même si un délicat bruit aquatique résonne déjà à la manière d'un indice. Au milieu d'une pièce, située une rangée d'escaliers plus haut, se trouve l'ambitieuse clé de l'énigme. Scodro a fait main basse sur le système de chauffage central, s'emparant de ce flux comme s'il s'agissait de celui d'un corps. Le plasticien a noué les radiateurs au milieu de la pièce en détournant les tuyaux de cuivre. L'eau chaude en mouvement est renvoyée vers le monte-charge où elle est déversée à la façon d'une pluie tropicale. L'averse en question traverse du café moulu, transformant l'installation en un gigantesque percolateur, ce qui confère une puissante atmosphère olfactive à l'ensemble... ainsi qu'une dimension métaphorique, le café étant un accélérateur notoire des fluides. Ce n'est pas tout: en tombant, le liquide imprègne des sables disposés en strates, soit autant de "plaques" rendues disponibles pour de nouvelles oeuvres murales. En guise de réponse à cette circulation vers le bas, Alberto Scodro a également disposé plusieurs jeunes arbres, des Ginkgo Biloba dont la sève, elle aussi symboliquement chargée, prend le chemin inverse de l'eau imbibée. Difficile d'imaginer équilibre des humeurs plus parfait et subtil.