"Les Stéphanois, c'est des pédés, des fils de pute, des enculés... Et par les couilles, on les pendra. Oui mais des couilles, ils n'en ont pas." Bienvenue dans le monde bienveillant, tolérant et poétique du ballon rond. Cet univers viril tendance homophobe, Yoann Lemaire le connaît bien. Et pas juste parce qu'il joue au football depuis qu'il est gamin. En 2004, ce modeste défenseur du FC Chooz faisait son coming out et annonçait à ses équipiers son homosexualité. Victime d'insultes et de rejet (" Je ne joue pas avec un pédé"; " Je ne me lave pas avec un homo..."), il allait finalement être écarté par ses dirigeants. Viré comme s'il avait foutu le feu au stade, lui qui défendait les couleurs du club depuis quatorze ans.

Son histoire a fait grand bruit. Mais rien n'a vraiment changé. Aujourd'hui, Lemaire essaie d'ouvrir le débat sur l'homosexualité et l'homophobie dans le foot. Il tente de sensibiliser à ce sujet tabou, que ce soit dans les clubs, les centres de formation ou les lycées.

Loin des clichés, Yoann est chaudronnier. Un robuste élément au jeu rugueux et musclé. En classe, il raconte les cartes rouges qu'il prenait étant gamin, les bagarres auxquelles il était mêlé. "On n'arrêtait pas de me traiter de tapette, de pédé. Sauf que moi, j'en étais un..."

Contacté par Jacques Vendroux, journaliste et manager général du Variétés Club de France sensible à la problématique, Lemaire a joué avec Karembeu, Giresse, Blanc, Deschamps avant de retourner dans le club de son village. Il a aussi créé une association pour lutter contre l'homophobie dans le sport, et plus particulièrement dans le foot amateur. Vendroux a raconté son histoire comme un feuilleton... Footballeur et homosexuel: au coeur du tabou ne brille pas spécialement par sa forme, ses images, son rythme. Il a même tendance parfois à tomber dans les lieux communs. Il met cependant sur le tapis une question fondamentale en ces temps de sursauts haineux où l'homophobie fait plus que de la résistance. À voir certains dirigeants et joueurs se voiler clairement la face, jusqu'à prétendre qu'on devrait pouvoir la faire disparaître des pelouses vu qu'on a réussi à en éradiquer le racisme (stupeur et étranglement), le film était nécessaire. À défaut du président de la Fédération française Noël Le Graët qui a refusé d'y participer, Antoine Griezmann, Laurent Blanc, Guy Roux, Jean- Michel Larqué, Fabien Barthez, d'anciens entraîneurs et équi-piers, l'arbitre international Clément Turpin, le sociologue du sport Philippe Liotard ou encore Olivier Rouyer (le seul pro français à avoir réalisé son coming out, plusieurs années après la fin de sa carrière) interviennent dans ce docu d'utilité publique malgré ses défauts.

Documentaire de Michel Royer et Yoann Lemaire.

7