L'Homme qui répare les femmes
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L'Homme qui répare les femmes DE THIERRY MICHEL ET COLETTE BRAEKMAN. 1 H 52. DIST: TWIN PICS. 8 Elephant's Dream DE KRISTOF BILSEN. 1 H 14. DIST: DALTON. 7 Mais de quoi se mêlent-ils, ces cinéastes belges? Que viennent-ils faire au Congo, "leur" ex-colonie, en se permettant de critiquer le(s) pouvoir(s), de filmer ce qui ne va pas? Et de donner, horreur absolue, la parole au peuple? Thierry Michel (depuis longtemps) et désormais Kristof Bilsen se voient adresser des reproches, et même, dans le cas du premier nommé, des menaces et des interdictions... Pourtant, leurs images sont celles d'amoureux du grand pays africain. Pas d'un sentiment nostalgique, égoïste, lié au "bon vieux temps". Ni d'une démarche porteuse de culpabilité, visant à "réparer" l'injustice de jadis. Tout juste d'un intérêt réel, d'une émotion solidaire, d'un humanisme authentique et d'un sens du lien par-delà les différences culturelles et le poids de l'Histoire. Tel est le socle sous-tendant tout le travail de Thierry Michel au Congo, avec ces sommets que sont Mobutu, roi du Zaïre et Congo River. Son dernier film en date, L'Homme qui répare les femmes, est consacré au combat de Denis Mukwege, ce docteur soignant les victimes de violences sexuelles dans un pays où "les batailles se passent sur le corps des femmes", ainsi qu'il le dit dans un des bonus du coffret DVD. La censure poursuit aujourd'hui un film qui ne se contente pas de dénoncer des atrocités impunies, mais s'attache aussi à exalter, comme un antidote, la beauté des paysages et des habitants d'un Congo "dont les dirigeants sont en cause, pas le peuple...""Jusqu'à ce que les lions aient leurs propres historiens, l'histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur." Cette citation de Chinua Achebe ouvre le film de Kristof Bilen, un documentaire tourné au plus près de quelques Congolais comme Henriette la postière décidée ("Est-ce que ça va s'arranger, ou pas? Et quand?"), Simon le garde chargé de la sécurité de la gare... où aucun train ne passe, et un lieutenant d'une compagnie de pompiers. Du Bas-Congo à Kinshasa, Elephant's Dream cadre stagnation, désorganisation, voire carrément pagaille, diplômes qui ne mènent pas à l'emploi et emplois qui ne garantissent pas la survie quotidienne, débrouille bien sûr (le fameux "Article 15: Débrouillez-vous!"), religiosité, contraste entre discours officiels et réalité, pouvoir des chefs, petits et grands. Et vient le mot "dictature"... Mais si le constat est assurément critique, le regard est doux, respectueux, l'empathie est omniprésente. Avec, comme chez Thierry Michel, cet accent sur l'espoir qui passe par les femmes, et la musique. LOUIS DANVERS