Rien n'a jamais été simple pour Alexeï Guerman! Le grand cinéaste russe disparu en 2013 n'aura réalisé que six films en plus de 40 ans de carrière. Et trois d'entre eux auront été interdits par la censure soviétique... Le réalisateur du Septième compagnon (1967),de La Vérification (1971), Vingt jours sans guerre (1976), Mon ami Ivan Lapchine (1984) et Kroustaliov, ma voiture! (1998) n'aura de surcroît pas vu sortir son oeuvre ultime, ce Hard to Be a God qui nous parvient aujourd'hui et impose définitivement l'évidence du génie de son auteur. Si le film a pu être monté et mixé conformément aux voeux de Guerman, c'est grâce à sa compagne et coscénariste Svetlana Karmalita et à leur fils lui-même réalisateur, Alexeï Guerman Jr. Présente à Bruxelles à l'invitation du Festival Off-screen et du cinéma Nova qui sort Hard to be a ...

Rien n'a jamais été simple pour Alexeï Guerman! Le grand cinéaste russe disparu en 2013 n'aura réalisé que six films en plus de 40 ans de carrière. Et trois d'entre eux auront été interdits par la censure soviétique... Le réalisateur du Septième compagnon (1967),de La Vérification (1971), Vingt jours sans guerre (1976), Mon ami Ivan Lapchine (1984) et Kroustaliov, ma voiture! (1998) n'aura de surcroît pas vu sortir son oeuvre ultime, ce Hard to Be a God qui nous parvient aujourd'hui et impose définitivement l'évidence du génie de son auteur. Si le film a pu être monté et mixé conformément aux voeux de Guerman, c'est grâce à sa compagne et coscénariste Svetlana Karmalita et à leur fils lui-même réalisateur, Alexeï Guerman Jr. Présente à Bruxelles à l'invitation du Festival Off-screen et du cinéma Nova qui sort Hard to be a God, la veuve du cinéaste témoigne pour nous d'une aventure compliquée, commencée dans les années 60. Au départ était le roman des frères Strougatski, une oeuvre de science-fiction opérant d'habile manière une critique du régime. "Alexeï s'est lancé dans une idée d'adaptation avec les auteurs du livre comme coscénaristes, raconte Svetlana Karmalita. C'était en 1967 et la répression du "printemps de Prague", l'année suivante, a suscité un raidissement des autorités à Moscou, entraînant notamment l'arrêt immédiat du projet. Sous l'intrigue de science-fiction, les allusions au système politique, au traitement de l'intelligentsia, ne pouvaient pas passer inaperçues..." Une fois la "perestroïka" venue, dans la seconde moitié des années 80, la censure se relâcha, "mais quand nous avons retravaillé au scénario, Alexeï et moi, nous n'avons pas réussi à le mener à bien, poursuit notre interlocutrice. Et ce n'est qu'en éliminant pratiquement tous les éléments de science-fiction que nous y sommes parvenus..." La production en elle-même allait durer... six ans. "Il s'agissait en fait de créer plus qu'un film: un monde, un monde à part, explique la compagne et collaboratrice de Guerman durant 45 ans. Chaque acteur, chaque décor, chaque costume, chaque objet représentaient un choix crucial. Rien ne se faisait sans l'accord d'Alexeï, dont le travail ne cessait d'augmenter, dont les choix à opérer ne cessaient de s'accumuler. Toutes les épées que vous voyez dans le film ont été forgées spécialement, tous les costumes coupés et cousus à la main... Il y a aussi eu le choix des lieux de tournage, avec au départ l'idée de tourner en une fois, dans une ville de République Tchèque. D'où une vaste organisation, d'autant plus complexe que le tournage devait avoir lieu à une période précise de l'année, dans des châteaux en ruine qu'il fallait remettre en condition pour les besoins du film, en ajoutant des compléments aux murs, à enlever après coup. Comme il s'agit de châteaux-musées, classés et protégés, tout ce que nous y mettions était très surveillé. Il a fallu poser deux couches de tapis protecteur avant de mettre la boue indispensable au film, et ce pour ne rien abîmer... Ajoutez les nombreux animaux et vous comprendrez à quel point tout cela fut complexe et ardu pour Alexeï, qui voulait se servir du moindre élément pour donner vie à cet univers, pour donner vie tout court!" Hard to Be a God nous confronte aux exactions d'un obscurantisme auquel nous n'avons aucun mal à trouver d'équivalent actuel... Guerman a situé plusieurs de ses films durant l'époque stalinienne, n'empêchant point son oeuvre très russe d'atteindre à l'universel. Svetlana Karmalita aime répéter ce que disait le père d'Alexeï, l'écrivain Youri Guerman, à propos de leur famille, dont tant de membres avaient émigré un peu partout dans le monde: "Toutes les cultures sont différentes, mais les intellectuels sont partout les mêmes." L'intelligence étant par ailleurs toujours prise pour cible par les totalitarismes... HARD TO BE A GOD SORT LE 4 AVRIL AU NOVA, À BRUXELLES. CE CINÉMA PROPOSE AUSSI UN DOCUMENTAIRE SUR ALEXEÏ GUERMAN ET UN PROGRAMME AUTOUR DU THÈME DU "MÉDIÉVAL CRASSEUX ET ABSURDE". WWW.NOVA-CINEMA.ORG. LA CINEMATEK ORGANISE UNE RÉTROSPECTIVE DE L'oeUVRE DE GUERMAN, JUSQU'AU 10/04. WWW.CINEMATEK.BE RENCONTRE Louis Danvers