Que reste-il à écrire sur le dernier roman de Thomas Gunzig? Et qui n'a pas été dit dans les innombrables chroniques que lui a déjà valu son Feel Good -plus que n'en a jamais eu Tom Peterman, l'écrivain à moitié raté qui en est l'un des personnages principaux, avec Alice, mère au foyer sans le sou qui devient kidnappeuse de bébé pour arrêter d'être " tout juste"? De leur rencontre, à Alice et Tom, naîtra l'ambition d'un braquage, " mais un braquage sans violence, sans arme, sans otage et sans victime", consistant à écrire un roman "feel good", ces livres qui ne font de mal à personne en prétendant faire du bien, et qui finissent dans les librairies d'aéroport auréolés d'un bandeau rouge indiquant: " Un portrait de femme poignant, une leçon de vie et de courage, un hymne au bonheur (déjà 400 000 lecteurs!)". On ne répétera donc pas que cette satire sociale est des plus réussies -même si c'est vrai. On précisera juste à ceux qui ne l'ont pas encore lue qu'il faut au moins quelques pages pour ne plus entendre la voix de l'auteur, habitué des ondes radio; qu'il en faut une centaine pour basculer du pur drame social à un récit plus léger mais pas moins profond; que l'auteur a ici, plus qu'ailleurs ou avant, de véritables fulgurances littéraires -entre la bibliographie génialement nulle de Tom (avec des titres comme Un automne sur la face cachée de la lune, Le Sable dans les yeux, ou La Maison du chien fou, prix des bibliothécaires du Mans) et la nécessaire scène de cul de tout bon roman "feel good". Reste une question: mais à qui est ce bébé?

De Thomas Gunzig, éditions Au Diable Vauvert, 400 pages.

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