Sa " première émotion bédéphile", Gilbert Pinos, le soi-disant responsable des éditions Tanibis, petite maison lyonnaise, s'en souvient très bien: c'était " une sorte d'illustrés pour gosses" retrouvé dans un grenier; Le petit Lord, " un manuscrit inédit de l'immense Jules Dercul!" Une découverte qui allait sceller le destin de ce grand reporter trop porté sur la bouteille et les faits divers: il sera éditeur de bande dessinée. Et cet Achevé d'imprimer raconte cet incroyable parcours, fait de " cynisme, de sexe et de manipulation", mais surtout d'invendus et de l...

Sa " première émotion bédéphile", Gilbert Pinos, le soi-disant responsable des éditions Tanibis, petite maison lyonnaise, s'en souvient très bien: c'était " une sorte d'illustrés pour gosses" retrouvé dans un grenier; Le petit Lord, " un manuscrit inédit de l'immense Jules Dercul!" Une découverte qui allait sceller le destin de ce grand reporter trop porté sur la bouteille et les faits divers: il sera éditeur de bande dessinée. Et cet Achevé d'imprimer raconte cet incroyable parcours, fait de " cynisme, de sexe et de manipulation", mais surtout d'invendus et de livres au pilon. Bien sûr, rien n'est vrai dans ce " pseudo-documentaire " où tout ne sonne pas faux. Et où les "studios Tanibis", aka Aurélien Maury, usent en tout cas parfaitement de " la recette d'une bonne BD", soit " la règle des quatre "A": aventure, action, animaux et amour".Étrange livre que cet Achevé d'imprimer, aussi joli qu'inclassable: en 72 pages à l'italienne contenant à chaque fois deux strips noir et blanc, les studios Tanibis multiplient fausses pistes, clins d'oeil et vraies-fausses révélations sur la jungle de l'édition. Gilbert Pinos se lie ainsi avec un jeune auteur à la tête de Hergé et au look de Tintin pour révolutionner le Neuvième Art -" Dans un premier temps je ne pourrai pas te payer mais tu profiteras de mon réseau et de mon savoir-faire." Le tout dans un style très lisible et presque ligne claire, entre Hergé, toujours lui, et les indés américains chez qui Tanibis et surtout Aurélien Maury puisent l'autre moitié de leurs références. On avait découvert le jeune auteur il y a deux ans avec son récit de SF EGG, un livre déjà concept par son tout petit format. Et, par lui, les éditions Tanibis, portées sur le noir et blanc, les auteurs hors norme et un certain goût de l'absurde -ils ont édité entre autres Le Bus de l'Américain Paul Kirchner, qui a longtemps égayé de son humour non sense les pages de votre Focus. Autant de références que l'on retrouve dans cet amas de "fake news" qu'est Achevé d'imprimer, lui-même lié à "Tanibis Channel", un site transmédia lancé en 2011 où Gilbert Pinos, déjà, glosait sur son histoire et celle de la bande dessinée. Un "feuilleton auto-documentaire" dont ce récit se veut la suite, et qui balance beaucoup de vérités sur le métier derrière ses allures de grosse potacherie traitée au premier degré. Aurélien et ses complices emballent de façon à la fois nostalgique et très contemporaine leurs quatre vérités d'un "storytelling" confinant au grand n'importe quoi, y compris dans le casting de ces soi-disant studios: on doute que Pat Demoosh en ait été le lettreur et que Jean-Ryan Pinos soit leur "stagiaire photocopie". Mais on peut se rassurer: " Aucun livre n'a été maltraité pendant la réalisation de cette histoire."