L'histoire est vraie, mais tellement singulière qu'on pourrait la croire inventée. Un policier noir qui entre en contact avec le Ku Klux Klan et en devient membre pour mieux piéger l'organisation raciste! Grâce à Spike Lee, auteur du biopic le plus surprenant de l'année écoulée, Ron Stallworth et son plan de fou sont sortis de l'oubli. Le cinéaste en mode divertissement autant que politique a passionné des millions de spectateurs pour un récit bien ancré dans ce début des années 70 où les droits civiques n'étaient pas encore chose acquise dans tous les...

L'histoire est vraie, mais tellement singulière qu'on pourrait la croire inventée. Un policier noir qui entre en contact avec le Ku Klux Klan et en devient membre pour mieux piéger l'organisation raciste! Grâce à Spike Lee, auteur du biopic le plus surprenant de l'année écoulée, Ron Stallworth et son plan de fou sont sortis de l'oubli. Le cinéaste en mode divertissement autant que politique a passionné des millions de spectateurs pour un récit bien ancré dans ce début des années 70 où les droits civiques n'étaient pas encore chose acquise dans tous les États-Unis. Stallworth n'était que le tout premier Afro-Américain à entrer dans la police de Colorado Springs. Et si son histoire, racontée très librement dans BlacKkKlansman, est un beau pied de nez au racisme, le fait qu'elle puisse avoir autant de résonance à notre époque souligne à quel point certains combats, certaines évolutions n'ont pas encore abouti à une société libérée de ses préjugés raciaux, de ses démons violents, de son injustice latente... C'est d'ailleurs une suite de bavures policières très contemporaines qui ont conduit Spike Lee à vouloir réaliser le film dans une certaine hâte, battre le fer tant qu'il était chaud. Il est même (très) probable qu'il ait choisi le mode de la farce pour se placer dans la logique délirante d'une administration Trump oscillant du dangereux au burlesque. Celles et ceux qui firent à Lee le reproche de cette option humoristique n'y ont vu que du feu. Face aux néo-censeurs rabâchant sur les réseaux sociaux qu'on ne peut rire de tout, Spike Lee s'empare d'un droit élémentaire de l'artiste qu'il est. Tout comme il avait osé voici 30 ans déjà, émettre dans son génial Do the Right Thing des critiques vis-à-vis de sa propre communauté, dans un film n'épargnant rien ni personne et qui (triste constat) garde aujourd'hui une part de sa criante urgence. L'arme du rire n'a cessé de bien servir les cinéastes s'attaquant à de forts sujets politiques, du Dictateur de Chaplin (1940) aux tout récents The Big Short et Vice d'Adam McKay en passant par To Be or Not to Be de Lubitsch (1942), Docteur Folamour de Kubrick (1964) et Roger and Me de Michael Moore (1989). Les comédiens embarqués par Lee jouent le jeu à merveille: John David Washington (le fils de Denzel) dans le rôle principal, Topher Grace en chef du KKK et Adam Driver dans le rôle du collègue qui prête son précieux concours à Ron Stallworth pour infiltrer le Klan. Un collègue... juif, ironie supplémentaire quand on sait l'antisémitisme de l'organisation raciste! Parmi les suppléments, le plus intéressant est le making of, où Spike Lee s'exprime sans faux-semblants sur les intentions de son film.