"FANIA RECORDS 1964-1980 - THE ORIGINAL SOUND OF LATIN NEW YORK"

DISTRIBUÉ PAR V2
...

DISTRIBUÉ PAR V2Le 25 août 1973, les Fania All-Stars se produisent devant 63 000 spectateurs au Yankee Stadium du Bronx. Le groupe de la maison Fania rassemble la crème de ses artistes solos: Ray Barretto, Willie Colon, Larry Harlow, Bobby Valentin, Jorge Santana (frère de Carlos) et Johnny Pacheco, fondateur de la formation en 1968 et du label 4 ans auparavant. La mode salsa propulsée par Fania est alors au comble de son ravissement seventies: une assemblée de mecs en 3 pièces mangés par des cols pelle à tarte, stetsons ombrageux, pompes bicolores. Moustaches supérieures et cheveux mou-moutés dominant une chaîne qui n'est pas de vélo autour du cou. Dix ans avant le remake de Scarface avec Pacino -et 15 avant le gangsta rap -, la vibration latino est toute en extérieurs frimeurs: les fringues sont comme les cuivres, pimpants et exhibitionnistes. Invités à se déchaîner sur des barquettes de congas et des mélodies en cul de poule: idéal pour que les vocalistes débutent le morceau l'£il charbonneux et l'achèvent sur les rotules. Deux ans après ce premier Yankee, les Fania All-Stars retournent au même stade avec un casting qui intègre la Cubaine Celia Cruz et le Portoricain Héctor Lavoe. C'est le climax d'un label qui se délitera au gré des années 80, victime de la coke et des problèmes financiers, supplanté par le disco sur le dance-floor. Créé en 1964 par le compositeur dominicain Johnny Pacheco et l'avocat italo-ricain Jerry Masucci, Fania incarne un double rêve nord-américain: réveiller la musique latino endormie depuis le règne fifties des Mambo Kings et faire exister l'énorme migration hispanique aux Etats-Unis, généralement cantonnée aux seconds rôles sociaux. Fania devient l'emblème d'une communauté qui y puise son propre "Latino Is Beautiful", mais aussi d'un style fait pour danser sans considération raciale: le succès s'étend à toute l'Amérique latine. Trois ou 4 décennies plus tard, les 29 titres compilés sur le présent double CD n'ont rien perdu de leur bagout analogique: coups de rein sismiques, art consommé du refrain sucré, vocalises cajoleuses, le tout servi caliente comme si le groove chaud retardait n'importe quelle froide échéance. Musique de plaisir mais aussi de radiographie d'un New York au bord perpétuel de la crise de nerfs: ainsi, le puissant Pablo Pueblo, sorti en 1977 par le Ruben Blades et co-chanté avec le tromboniste Willie Colon, est une méditation sur un père de la classe ouvrière. Nettement plus pince-croupe que l'Internationale. C'est l'un des beaux moments de cette histoire qui disait bien avant la lettre, " Yes We Can". l WWW.FANIA.COMPHILIPPE CORNET