Durant sa première saison, la tonalité néo-noir de Ozark a déjoué durant dix épisodes les pronostics hâtifs qui la comparaient à Breaking Bad. Beaucoup d'éléments ont distingué l'histoire des Byrde, famille bourgeoise américaine, bien sous tous rapports, partie s'isoler dans une région reculée et touristique du Missouri, le lac des Ozarks, parce que papa, conseiller financier qui blanchit l'argent d'un narcotrafiquant mexicain, doit racheter la dette d'honneur de son défunt associé -et sauver la peau de tout le monde: le tempo, la ph...

Durant sa première saison, la tonalité néo-noir de Ozark a déjoué durant dix épisodes les pronostics hâtifs qui la comparaient à Breaking Bad. Beaucoup d'éléments ont distingué l'histoire des Byrde, famille bourgeoise américaine, bien sous tous rapports, partie s'isoler dans une région reculée et touristique du Missouri, le lac des Ozarks, parce que papa, conseiller financier qui blanchit l'argent d'un narcotrafiquant mexicain, doit racheter la dette d'honneur de son défunt associé -et sauver la peau de tout le monde: le tempo, la photographie, la fable amorale sur le rôle de l'argent, le jeu glaçant et dense des acteurs principaux, Jason Bateman (dans une performance qui finira par lui valoir une nomination aux Emmy Awards) et Laura Linney (qui n'est pas en reste) surtout, dans le rôle des époux Byrde. La première saison s'est forcément achevée dans le stress et le sang. Les sursauts du récit, sa manière de se jouer des clichés du genre et de donner la main haute des dénouements aux parties les plus calculatrices et machiavéliques des personnages, découvrant les couches complexes de chacun derrière une façade de rigueur, ont compté parmi les points forts d'une première saison cruelle, morbide, agencée avec finesse. La deuxième saison reprend l'ouvrage exactement où la première l'avait laissé. La violence monte d'un cran, l'histoire twiste toujours un peu. Mais plutôt que de virer de bord pour explorer de nouveaux espaces narratifs, le scénario creuse son sillon, fonctionne sur ses acquis. La dureté et la menace suintant littéralement des yeux de Laura Linney quand son personnage, Wendy Byrde, se lance dans les ires menaçantes dont elle a le secret, deviennent répétitives. Quand l'action se lance dans une de ces montagnes russes émotionnelles dont le créateur Bill Dubuque s'est fait l'artisan, l'étau se compose forcément des forces de l'ordre et du mal qui menacent de broyer le destin de Marty Byrde et de sa famille. De nouveaux compagnons de jeu dangereux arrivent toutefois pour relancer les machinations, telle Helen Pierce (Janet McTeer), avocate glaçante venue de Chicago pour défendre les intérêts du cartel mexicain. Le quotidien white trash est également approfondi, mais jamais au point de développer des intrigues parallèles significatives. Reste que le tempo de ces dix épisodes est irrésistible et que ce thriller atmosphérique à la partition horlogère continue d'être l'équivalent en série de ce qu'en littérature on nomme " page turner". Et tourner la page, pour la famille Byrde, s'avère plus pénible que jamais.