On avait pour ainsi dire oublié Parker Posey, égérie du cinéma indépendant américain des années 90, elle qui enchaînait les Amateur, Flirt et Henry Fool pour Hal Hartley, quand elle ne tournait pas avec Richard Linklater (Dazed and Confused), Noah Baumbach (Kicking and Screaming), Gregg Araki (The Doom Generation), Greg Mottola (The Daytrippers) ou autre Mark Waters (The House of Yes). De quoi composer un profil particulièrement avenant, bientôt consacré par le surnom de "Queen of the Indies", pas moins. Après quoi, pourtant, le vent a tourné et les rôles marquants se sont espacés. Et si Zoe Cassavetes en fit la Nora Wilder de Broken English, tandis qu'Hal Hartley poursuivait la saga de Fay Grim en sa compagnie (jusqu'au récent Ned Rifle, à l'aura cependant confidentielle), on la vit aussi se commettre dans des Blade: Tr...

On avait pour ainsi dire oublié Parker Posey, égérie du cinéma indépendant américain des années 90, elle qui enchaînait les Amateur, Flirt et Henry Fool pour Hal Hartley, quand elle ne tournait pas avec Richard Linklater (Dazed and Confused), Noah Baumbach (Kicking and Screaming), Gregg Araki (The Doom Generation), Greg Mottola (The Daytrippers) ou autre Mark Waters (The House of Yes). De quoi composer un profil particulièrement avenant, bientôt consacré par le surnom de "Queen of the Indies", pas moins. Après quoi, pourtant, le vent a tourné et les rôles marquants se sont espacés. Et si Zoe Cassavetes en fit la Nora Wilder de Broken English, tandis qu'Hal Hartley poursuivait la saga de Fay Grim en sa compagnie (jusqu'au récent Ned Rifle, à l'aura cependant confidentielle), on la vit aussi se commettre dans des Blade: Trinity et autre Grace of Monaco, objectivement indignes de son talent. "Mon métier d'actrice m'a parfois laissée insatisfaite, soupire-t-elle, alors qu'on la sonde sur les aléas d'une carrière. Vous n'imaginez pas à quel point les choses ont changé. La dynamique qui avait cours à l'époque a laissé la place à un sentiment de monotonie. Le cinéma est de plus en plus un médium de producteurs, et l'aspect financier, avec des objectifs de rentabilité, a pris le pas sur les autres considérations." Il y a toutefois des exceptions, et le cinéma reste aussi fait de belles histoires. Celle qui lui vaut aujourd'hui de renaître au grand écran devant la caméra de Woody Allen en est assurément une. "Je suis venue à son cinéma quand j'avais une vingtaine d'années, se souvient-elle. Interiors est vraiment celui de ses films que je préfère. Geraldine Page, Mary Beth Hurt et Diane Keaton y sont formidables, et Maureen Stapleton y est tellement émouvante. Et puis, il y a Hannah & Her Sisters, et Crimes and Misdemeanors, ces films incroyables. J'ai toujours eu le sentiment d'être une de ces femmes, tout en nourrissant une certaine amertume de ne pas jouer dans ses films. Même si tout le monde y est parfaitement à sa place, je ne pouvais m'empêcher de penser que j'aurais dû en être moi aussi..." Et d'assortir le propos d'une moue de frustration, vite effacée au profit d'un sourire tandis qu'elle entreprend d'esquisser, dans la foulée, le portrait-robot de l'héroïne allénienne type, mélange "de complexité, d'intelligence, de solitude, de profondeur, de sagesse, de subtilité, d'insécurité et d'exubérance", toutes qualités qu'on lui prête bien volontiers. C'est dire si, entre Woody et elle, il y avait comme une rencontre programmée mais toujours différée. Moment où le hasard est venu s'en mêler: "Juliet Taylor, la directrice de casting de Woody, siégeait à mes côtés dans le jury du festival de Cracovie. Nous nous étions croisées il y a une vingtaine d'années, et avons fait un peu plus connaissance. Je lui ai dit en toute honnêteté que je sortais d'une année difficile. Je ne traversais pas une période franchement heureuse, pour différentes raisons, et je me demandais, à vrai dire, s'il y avait encore une place pour moi dans ce business. J'ai tendance à me sentir comme une fantaisiste dans cet environnement qui n'a plus grand-chose de créatif ni d'humain. Trois jours après mon retour, Juliet m'a proposé de rencontrer Woody..." Un rendez-vous expéditif plus tard -une habitude, dans le chef du réalisateur-, et l'affaire était entendue, qu'allait confirmer un coup de fil reçu le lendemain, tandis que Parker Posey promenait son chien. "J'ai éclaté en sanglots, confie-t-elle. Je suis une joueuse, et voilà que cela arrivait. Au cours de ma carrière, je m'en suis beaucoup remise à la chance, et au désir de réalisateurs de m'écrire de vrais rôles, avec une vibration plus proche de ces années 70 dont je suis moi-même une enfant..." Une attente comblée avec Rita, personnage fissuré qu'elle campe avec un panache pigmenté de cette fragilité sans laquelle elle ne serait pas tout à fait elle-même. Et ce qui ressemble furieusement à un nouveau départ, puisqu'elle est annoncée au générique du prochain opus du cinéaste new-yorkais, ce Untitled Woody Allen Project qui suffit largement à son bonheur... J.F. PL.