"Éveil": action de se révéler, de se manifester. Cela pourrait également signifier le fait de se débarrasser du carcan imposé tout au long de la jeunesse de l'autrice. Aussi loin que remontent ses souvenirs, elle a été confrontée à une vision du monde manichéenne, faite de d...

"Éveil": action de se révéler, de se manifester. Cela pourrait également signifier le fait de se débarrasser du carcan imposé tout au long de la jeunesse de l'autrice. Aussi loin que remontent ses souvenirs, elle a été confrontée à une vision du monde manichéenne, faite de dualité opposant filles et garçons, dominant et dominé, force et grâce... Si petite elle se rendait compte que cela ne lui correspondait pas tout à fait, c'est une fois devenue adulte qu'elle a pu s'en débarrasser et se révéler aux autres. Le chemin est long et parfois paradoxal: d'un côté, ce besoin de se conformer au moule, et de l'autre, cette envie de tout envoyer péter, de se débarrasser de ce tutu ridicule et d'aller courir dans la boue. Au fil des différentes saynètes, l'autrice traduit son mal-être et sa perception du monde au travers d'un dessin imagé et allégorique traité délicatement aux crayons de couleurs bleu et orange, parfois vert et jaune, conférant à l'ensemble une douceur bienvenue. Elle utilise de manière judicieuse les codes de la bande dessinée, notamment les cases qu'elle ouvre ou ferme en fonction des besoins du scénario. Juliette Mancini parvient à transposer ainsi le conflit qui l'habite dans un récit non linéaire, ponctué par l'évocation de rêves récurrents, paradoxalement traités de manière plus réaliste.