Le moins que l'on puisse dire, c'est que la nouvelle exposition du BPS22 n'a rien d'une partie de plaisir. D'autant plus si, comme nous, on la visite l'un de ces dimanches où le ciel déverse la pluie par containers sur la Belgique. En guise de bande-son, le visiteur affronte alors un grondement menaçant que rythme, à intervalles réguliers, le bruit assourdissant d'une tôle que l'on frapperait sans ménagement. C'est en réalité un "tourniquet" monumental que David Brognon et Stéphanie Rollin ont imaginé avec des travailleurs licenciés de l'usine Caterpillar à Charleroi. À la fois rugueux et assourdissant, le dispositif témoigne du volet économique du propos en se présentant c...

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la nouvelle exposition du BPS22 n'a rien d'une partie de plaisir. D'autant plus si, comme nous, on la visite l'un de ces dimanches où le ciel déverse la pluie par containers sur la Belgique. En guise de bande-son, le visiteur affronte alors un grondement menaçant que rythme, à intervalles réguliers, le bruit assourdissant d'une tôle que l'on frapperait sans ménagement. C'est en réalité un "tourniquet" monumental que David Brognon et Stéphanie Rollin ont imaginé avec des travailleurs licenciés de l'usine Caterpillar à Charleroi. À la fois rugueux et assourdissant, le dispositif témoigne du volet économique du propos en se présentant comme une métaphore emblématique de la situation de nombreux travailleurs actuels: non content de faire tourner en rond, le portique consume l'énergie, sans égard pour ceux qui l'activent. Toutefois, ce n'est pas sur ce brillant Resilients (2017) que s'ouvre US OR CHAOS, mais sur un enchaînement particulièrement bien senti qui provient, à l'instar de la majorité des oeuvres, de la collection A/Political, une association ayant les questions sociétales en ligne de mire. Une affiche noire texturée et brute de Kendell Geers proclame un " THE REVOLUTION IS NOT OVER" qui soulèverait aisément les coeurs vaillants. Sauf que les lettres blanches s'alignent selon un étrange découpage -THERE, VOLUT, IONI, SNOT, OVER- qui rend difficile la compréhension du message. Sans compter que, quelques pas plus loin, un policier en marbre de Carrare, calme aussitôt les ardeurs révolutionnaires. Harnaché pour en découdre, il a un doigt posé sur la bouche. Signé par le collectif Democracia, Silencio nous rappelle la position que l'appareil d'État nous destine: le consentement. US OR CHAOS tire son intitulé d'une phrase lancée par un flic anti-émeute lors d'une manifestation. " C'est nous ou le chaos" dit à merveille le caractère absolu de corps constitués qui possèdent le monopole de la violence légitime. Que peut l'artiste face à une telle concentration du pouvoir? Pas grand-chose. La tentation la plus évidente consiste à retourner la violence contre soi: c'est ce qu'ont choisi des plasticiens comme Piotr Pavlensky -que l'on peut voir dans une vidéo se soumettre à une arrestation brutale après avoir mis le feu à une agence de la Banque de France- ou comme Franko B, dont le film I'm Not Your Babe est poignant -l'homme est à genoux devant la caméra tandis que son sang se répand par un cathéter enfoncé dans le bras. Remarquable est également l'installation caverneuse de Petr Davydtchenko, qui investit une pièce en contre-bas de la salle principale de l'institution carolorégienne. Parmi des barrières Nadar renversées, quatre écrans archivent le mode de vie qui est désormais le sien, la société l'ayant transformé en un " rôdeur autosuffisant" qui se nourrit d'animaux morts du bord des routes. Âmes sensibles s'abstenir: la scène où l'on voit une carcasse de chien se faire broyer à répétition sous des pneus indifférents peut rendre difficile la digestion du quatre-heures. Il reste que la proposition -mention aussi pour Andrei Molodkin qui revient sur des simulations d'attaques nucléaires imaginées par les États-Unis à l'encontre de la Russie... US OR CHAOS vraiment?- initie une réflexion salutaire.