" L'album Finding Gabriel est la conséquence de plusieurs années de lecture de la Bible. Les écrits prophétiques de Daniel et d'Osée ont particulièrement résonné en moi, comme la littérature de la sagesse de Job et de l'Ecclésiaste, et des paroles consacrées à la dévotion des Psaumes. La Bible semble être un corollaire et peut-être même un guide aux temps présents: un long cauchemar amenant à une gnose potentielle, dépendant de la façon dont on lit tout cela." Ne partez pas tout de suite. Certes, cette déclaration de Brad Mehldau en prélude à l'écoute de son di...

" L'album Finding Gabriel est la conséquence de plusieurs années de lecture de la Bible. Les écrits prophétiques de Daniel et d'Osée ont particulièrement résonné en moi, comme la littérature de la sagesse de Job et de l'Ecclésiaste, et des paroles consacrées à la dévotion des Psaumes. La Bible semble être un corollaire et peut-être même un guide aux temps présents: un long cauchemar amenant à une gnose potentielle, dépendant de la façon dont on lit tout cela." Ne partez pas tout de suite. Certes, cette déclaration de Brad Mehldau en prélude à l'écoute de son disque peut facilement invoquer un charabia mystique, micmac de potentielle eau bénite, mix de philosophie ésotérique -" gnose"- et de redécouverte du présent via des temps antédiluviens. Mais non: si Brad Mehldau invoque le prophète et l'archange Gabriel dans la Bible hébraïque, il n'en fait pas pour autant un album religieux . Le wonder boy prolifique du jazz américain -une quarantaine d'albums en un quart de siècle- est moins dans le prosélytisme que dans la trangression musicale. Voire la bonne vieille résurrection. Finding Gabriel apparaît d'emblée comme le prolongement d'une carrière où Brad mature -48 ans cet été- perpétue un jazz, matrice terrienne de départ, pour décoller vers d'autres planètes sonores. Et ce n'est pas qu'une image d'Épinal, avec ou sans archange. En mettant comme tag à l'album le terme "contemporain", on essaie juste de trouver une solution à un rébus compliqué. Quelle est la nature d'un disque de 2019 qui est à la fois jazz, synthétique, expérimental, pop, orchestral, BO et travaillé par des vocalises, celles-ci renvoyant au paradigme paradisiaque des années 60? Le chant, sans texte, est évidemment ce qui frappe le plus sur les dix morceaux prenant du temps, entre quatre et sept minutes: la voix rappelle les divines acrobaties brésiliennes de Milton Nascimento. Envolées lyriques sans mots où la texture de la voix devient le produit d'appel de tout l'instrumental qui l'accompagne. Souffle choral, qui hypnotise, tout en ouvrant la voie à l'ADN de la plage. Brad Mehldau en personne se transforme donc en chanteur, tout comme ses invités vocalistes, inconnus de nos archives: Becca Stevens, Kurt Elling et Gabriel Kahane. Ce n'est pas la seule surprise, puisque Mehldau, entiché de la découverte d'un nouveau synthé -l'Oberheim OB-6- se met à bombarder les structures sophistiquées des morceaux de sonorités parfois prog ( St. Mark Is Howling in the City of Night), ambient ( Deep Water) ou plus allègrement jazz ( Born to Trouble). Résultat: un album d'une bonne cinquantaine de minutes qui ne cesse de questionner le tempo comme la mélodie, tout en apportant des réponses organiques de grande tenue. Un spécimen. Sacré, forcément.