De Laurence d'Arabie à Docteur Jivago, le nom de David Lean est généralement associé aux grandes fresques épiques, qu'il allait porter à des sommets jamais égalés. C'est un autre aspect de son art que l'on découvre à la faveur d'un coffret réunissant 5 films de ses débuts -ceux qui devaient conduire le réalisateur britannique de la chronique familiale ( The Happy Breed) au mélo en demi-teinte façon Brief Encounter, où la retenue n'exclut pas l'expression d'un lyrisme qui sera l'une des marques de son £uvre. Lean est un technicien réputé lorsqu'il se lance dans la réalisation, ayant notamment exercé ses talents de monteur auprès de Powell et Pressburger. Ses débuts à la mise en scène, il les fait à l'...

De Laurence d'Arabie à Docteur Jivago, le nom de David Lean est généralement associé aux grandes fresques épiques, qu'il allait porter à des sommets jamais égalés. C'est un autre aspect de son art que l'on découvre à la faveur d'un coffret réunissant 5 films de ses débuts -ceux qui devaient conduire le réalisateur britannique de la chronique familiale ( The Happy Breed) au mélo en demi-teinte façon Brief Encounter, où la retenue n'exclut pas l'expression d'un lyrisme qui sera l'une des marques de son £uvre. Lean est un technicien réputé lorsqu'il se lance dans la réalisation, ayant notamment exercé ses talents de monteur auprès de Powell et Pressburger. Ses débuts à la mise en scène, il les fait à l'instigation du dramaturge Noël Coward, pour In Which We Serve. La collaboration s'avère fructueuse, et l'association sera reconduite pour 3 films, tous présents ici. Le premier, The Happy Breed (1944), est la chronique de la vie d'une famille de la petite bourgeoisie londonienne. La tentation mélodramatique pointe sous l'observation contrastée du quotidien, sobrement incarnée par Celia Johnson, et traduite par divers plans d'une stupéfiante beauté. L'une des rares incursions de Lean dans le domaine de la comédie, Blythe Spirit (1945), est une expérience moins heureuse. Le fantôme de la première femme d'un écrivain remarié vient s'y rappeler à son bon souvenir, déclenchant divers quiproquos en parfait mauvais esprit. Plaisant, le film ne laisse pas un souvenir impérissable. Lean et Coward s'échangeront des amabilités par la suite, ce qui ne les empêchera pas de se retrouver pour Brief Encounter (1945), le 1er chef-d'£uvre du réalisateur. Dans la banlieue de Londres, la rencontre fortuite d'un homme et d'une femme d'âge mur, vivant des mariages heureux par ailleurs, ouvre sur une histoire d'amour vouée à un échec sur lequel la structure en flash-back ne laisse planer aucune incertitude. Le film ne vibre pas moins d'une émotion toute singulière, traduisant la fulgurance comme la fragilité des sentiments, à mesure qu'il recompose leur liaison dans un mélange d'élégance discrète et de pudeur. Face à un Trevor Howard merveilleux de noblesse stoïque, Celia Johnson est absolument bouleversante -un regard lui suffit à exprimer le chagrin et la détresse qui l'inondent, donnant à ce film au romantisme traversé de lyrisme délicat une résonance intemporelle. Lean y a trouvé divers éléments de son style, et jusqu'aux trains. The Passionnate Friends, qu'il tourne 4 ans plus tard, en apparaît comme le complément naturel. Une femme de la haute société (Ann Todd) mariée à un riche banquier (Claude Rains) s'y souvient de son amour pour un jeune biologiste (Trevor Howard) qu'elle va retrouver fortuitement lors de vacances. Là encore, le réalisateur laisse parler sa fibre romantique, assortissant le mélodrame intime d'un lyrisme où le paysage prend une ampleur toute particulière -annonçant les vastes fresques à venir. Il est encore question de passion dans Madeleine, que tourne Lean l'année suivante à la demande d'Ann Todd, qu'il avait entre-temps épousée. Inspiré d'un fait divers qui défraya la chronique écossaise dans les années 1850, le film est un scintillant portrait de femme rêveuse en même temps que celui d'un mystère, le feu couvant sous la froideur apparente de la blonde actrice. Si le réalisateur n'appréciait guère Madeleine, la vision de ce mélodrame n'en présente pas moins un vif intérêt, traduisant, là encore, un tempérament romantique que Lean s'emploiera par la suite à magistralement sublimer. Exemplairement restaurés, les 5 films sont aussi l'objet d'introductions éclairées de l'historien du cinéma Pierre Berthomieu, qui signe également un livret passionnant, accompagnement judicieux de ce coffret indispensable. DAVID LEAN: LES PREMIERS CHEFS-D'îUVRE. UN COFFRET DE 5 DVD. ED. CARLOTTA, DIST: TWIN PICS. **** TEXTE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS