Oubliez les aventures gentillettes d'Harry Potter, au placard les tribulations puritaines insupportables des vampires de Twilight, le bouquin qui met les ados en ébullition, actuellement, c'est Hunger Games. Neuf millions d'exemplaires imprimés, un film à gros budget en préparation, une communauté de fans frisant l'obsession... Un succès mérité pour une £uvre résolument originale, qui s'adresse avec une belle audace aux plus jeunes, une trilogie portée par une plume efficace, sans fioritures, sèche comme son héroïne -mais inventive comme le fut celle de J.K. Rowling dans sa mise au point d'un monde propre à ses héros, avec des référents uniques. Sans déluge de morale, sans manichéisme, en faisant confiance à l'intelligence du lecteur.
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Oubliez les aventures gentillettes d'Harry Potter, au placard les tribulations puritaines insupportables des vampires de Twilight, le bouquin qui met les ados en ébullition, actuellement, c'est Hunger Games. Neuf millions d'exemplaires imprimés, un film à gros budget en préparation, une communauté de fans frisant l'obsession... Un succès mérité pour une £uvre résolument originale, qui s'adresse avec une belle audace aux plus jeunes, une trilogie portée par une plume efficace, sans fioritures, sèche comme son héroïne -mais inventive comme le fut celle de J.K. Rowling dans sa mise au point d'un monde propre à ses héros, avec des référents uniques. Sans déluge de morale, sans manichéisme, en faisant confiance à l'intelligence du lecteur. En 2008, celui-ci découvrait dans le premier volet l'univers ultra violent et désespéré imaginé par l'Américaine Suzanne Collins. Une Amérique post-apocalyptique (Panem), divisée en districts, dirigée par l'un d'eux, tyrannique, le Capitole. Lequel organise chaque année, pour terroriser ses sujets, des Hunger Games (des jeux de la faim). Deux adolescents (les tributs) de chaque district sont ainsi arrachés à leur famille, et plongés dans une arène où ils doivent -sous l'£il des caméras- tuer pour gagner. Le dernier survivant étant ainsi assuré de... survivre. Pourquoi pénétrer dans l'arène? Katniss Everdeen. Une jeune fille de 17 ans, farouche comme un animal sauvage, une tête brûlée, un garçon manqué. Elle vit avec sa mère et sa petite s£ur dans le district 12, le plus pauvre de Panem, où elle braconne pour nourrir les siens. Katniss qui prendra la place de sa s£ur dans l'arène, et qui montrera rapidement d'incroyables aptitudes au combat. Stratège, violente, incontrôlable, elle est également capable de sentiments: l'adolescente prendra sous son aile l'une de ses concurrentes les plus redoutables, et se montrera sensible au charme du tribut Peeta (malgré l'histoire d'amour qu'elle vivait par ailleurs avec un garçon de son district), lui aussi issu du 12. Une héroïne ambiguë, mûe par un désir de vengeance qui la consume, une guerrière qui deviendra petit à petit le symbole et le ferment d'une révolte qui grondait en silence depuis des décennies. Fille du feu, Katniss deviendra le "geai moqueur", l'oiseau qui fait un pied de nez au pouvoir... Pasionaria colérique, à la fois profondément compréhensible et parfois tout à fait contestable, elle est un emblème féministe comme on en voit rarement dans la fiction. Stéphane Hessel dans son micro ouvrage, le récent phénomène d'édition Indignez-vous!, appelait à l'insurrection "contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous". En quelques lignes, voilà un condensé des thématiques de Hunger Games. Qui prônent la résistance active, invitent à la révolte, interdisent le sommeil des consciences. A transposer dans la vraie vie, du côté des injustices ordinaires. Jouissif. Alors que le monde arabe s'embrase et réclame la fin d'une aliénation qui n'était jusqu'il y a peu même pas discutée, la fresque politique Hunger Games prend des allures visionnaires. Avec sa vague de révolte qui saisit ses districts, les uns après les autres, comme des dominos, avec ses craintes de s'extraire d'un système qui garantissait la terreur mais aussi une certaine forme de subsistances, avec ses rebelles et ses soldats officiels, qui oublient quelquefois qui est l'ennemi... Le grand écran pouvait difficilement rester indifférent aux attraits de Hunger Games. Il s'attelle actuellement à une adaptation, dans laquelle Suzanne Collins est impliquée. Elle sera réalisée par Gary Ross ( Pleasantville), et pourra compter sur un casting 4 étoiles. Jennifer Lawrence incarnera Katniss -un personnage pas si éloigné de celui que la jeune Américaine de plus en plus bankable interprétait dans Winter's Bone. On vient également d'apprendre que Lenny Kravitz (révélé comme acteur dans Precious) avait intégré l'équipe, pour le rôle de Cinna, l'extravagant styliste de l'héroïne. Sortie en salle prévue pour le printemps 2012. Pastichant les codes de la télé-réalité, utilisant ceux du jeu vidéo, la trilogie transpose une intrigue parfois abstraite dans un canevas familier. De quoi plonger dedans à pieds joints, dès les premières pages, avec une étonnante facilité: en 4e de couverture, un "quote" de Stephen King, "Impossible de lâcher ce livre, c'est comme si votre vie en dépendait". Difficile de dire mieux. HUNGER GAMES LA RÉVOLTE (TOME 3), DE SUZANNE COLLINS, ÉDITIONS POCKET JEUNESSE. TRADUIT DE L'ANGLAIS (USA), 417 PAGES. Texte Myriam Leroy