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Divers "Wake Up You! Vol. 2" DISTRIBUÉ PAR V2 RECORDS 8 Quelques semaines après la sortie d'un premier volume paraît la suite de ces années 70 nigérianes compilées par le label californien Now-Again Records, amateur d'africanité rétro. Le dépistage de ces perles inconnues qui bourlinguent dans les sonorités occidentales seventies est l'oeuvre du musicologue nigérian Uchenna Ikonne. Après un travail de limier réalisé sur son compatriote William Onyeabor -sorcier du synthé redécouvert via Luaka Bop puis un doc en 2014-1, Ikonne accomplit ici un boulot qui tient à la fois de l'archivisme maniaque et de la recontextualisation historique. La centaine de pages du livret alterne donc les clichés vintage des groupes et ceux de la guerre du Biafra, comme cette célèbre image de l'Anglais Don McCullin montrant un soldat igbo transportant des roquettes sur le crâne. Le conflit, de l'été 1967 à tout début 1970, fut un profond désastre humanitaire: la région orientale du Nigéria, riche en pétrole, voulant faire sécession du pouvoir central, est sévèrement réprimée puis affamée. D'où ces photos devenues fameuses de Biafrais faméliques, fantômes décharnés exhibés par les news occidentales. Si Ikonne expose le conflit dès les premières pages de son essai, c'est parce que les groupes concernés par ce deuxième volume de Wake Up You! viennent le plus souvent du Biafra. The Hykkers, par exemple, débutent en égrenant le répertoire du Merseybeat sixties, deviennent des stars et le premier groupe rock professionneldu Nigéria. Comme pour The Fractions, soul à la James Brown, la guerre dissipe l'innocence initiale et rajoute une dose de pop graffitée, presque garage, à un style anglo-saxon teinté d'afro-psychédélisme. Plus ramassé, plus concis, plus pop que le highlife de Fela, le militant incantatoire qui, lui, survivra aux seventies comme aux juntes militaires. Enregistrés entre 1971 et 1977, pour la plupart aux studios EMI de Lagos, les seize titres charment quatre décennies plus tard par leur dose d'ensoleillement analogique. Souvent avec un truc bon enfant comme le Come Back de Theodore Nemy ouvrant le disque sur des rincées d'orgue Farfisa et des vocaux proches du déraillement. Parfois, c'est plus heavy (Jay-U Experience) ou tenté par le jazz (Ceejebs) voire quasi-new wave (Question Mark) mais toujours porté par un vecteur fun et dansable. Sans déguisement autre que le plaisir funky. D'autant plus une bonne idée que les morceaux collectés respectent les droits des musiciens, une habitude qui rompt avec les seventies africaines ayant plutôt tendance à zapper les royalties... WWW.NOWAGAINRECORDS.COM PHILIPPE CORNET