Les trois lettres impressionnent toujours. UFA, pour UFA GmbH et anciennement Universum-Film AG. L'univers, rien que ça! Pas moins d'ambition que l'Universal américain, studio majeur créé en 1912 par Carl Laemmle. La société allemande de production cinématographique est née... de la guerre. La Première, mondiale, de 1914-1918. Le chef suprême des armées allemandes étant convaincu, en 1917, de la nécessité de posséder un puissant outil de propagande, tant intérieure qu'extérieure. 25 millions de marks furent consacrés au capital de départ, les actio...

Les trois lettres impressionnent toujours. UFA, pour UFA GmbH et anciennement Universum-Film AG. L'univers, rien que ça! Pas moins d'ambition que l'Universal américain, studio majeur créé en 1912 par Carl Laemmle. La société allemande de production cinématographique est née... de la guerre. La Première, mondiale, de 1914-1918. Le chef suprême des armées allemandes étant convaincu, en 1917, de la nécessité de posséder un puissant outil de propagande, tant intérieure qu'extérieure. 25 millions de marks furent consacrés au capital de départ, les actionnaires de la société au siège berlinois étant tout bonnement l'Etat allemand et la Deutsche Bank! Ironie de l'Histoire que de voir la caméra s'aligner aux côtés du canon pour combattre l'influence de l'usine à rêves américaine, créée en très grande partie par des émigrés juifs européens dont certains allemands... comme Carl Laemmle, justement! L'événement cinéma et musique des UFA Film Nightsà Bozar (voir le programme ci-dessous) vient utilement rappeler l'importance de cette UFA créée pour raisons de propagande, mais qui s'orienta rapidement vers des films n'en ayant cure, surtout après sa privatisation en 1921 et l'ouverture des studios de Babelsberg l'année suivante. Ernst Lubitsch, Fritz Lang, Friedrich Wilhelm Murnau et Georg Wilhelm Pabst furent du nombre des grands cinéastes produits par la plus importante société de production jamais active en Allemagne. Ebranlée par une concurrence américaine féroce et les dépassements de budget du Metropolis de Lang, la UFA frôla la banqueroute avant de se réorganiser pour réussir le tournant du parlant. Le triomphe international de L'Ange bleu réalisé par Josef Von Sternberg marqua l'apogée d'une société que les nazis prirent évidemment en main dès 1933, licenciant immédiatement une trentaine d'artistes juifs sous contrat et préparant la nationalisation de 1937. Le ministre de la propagande Joseph Goebbels chérissait cette UFA-là, que les Alliés décidèrent de dissoudre au lendemain de la guerre, dans le cadre de la dénazification du pays.Il fallut attendre 1956 pour que les studios renaissent, relançant une production commerciale qui se poursuit aujourd'hui encore, sous la direction du méga-groupe de médias Bertelsmann. L'âge d'or des années 1921-1930 est bien loin, pourtant. Sauf à Bozar, en cet automne propice aux réminiscences et à la nostalgie... UFA FILM NIGHTS. LES 24, 25 ET 26 SEPTEMBRE À BOZAR. EN COLLABORATION AVEC LA CINEMATEK ET UFA. AU PROGRAMME: DIE BÜCHSE DER PANDORA LE 24 À 20 H (AVEC LE BRUSSELS PHILHARMONIC); BERLIN, SYMPHONIE EINER GROSSSTADT LE 25 À 20 H ET 22 H (AVEC DJ SET DE JEFF MILLS); 3 FILMS DE CHARLIE CHAPLIN LE 26 À 20 À 19 H (AVEC TRIO PIANO-VIOLONCELLE-PERCUSSIONS). WWW.BOZAR.BE/FR TEXTE Louis Danvers