Étrange et ambivalente notion que celle du "mur", elle qui n'en finit pas de fleurir (États-Unis et Mexique, Israël et Palestine, Corée du Nord et Corée du Sud...) alors même que l'on croyait en avoir fini avec les fortifications à la fin des années 80. Il reste que la compréhension des amas de briques reste ouverte, sans cesse à (re)définir. À ce titre, l'un des meilleurs exemples est donné par ceux qui les érigent pour se défendre de l'extérieur. Faut-il y voir une protection effective ou un pernicieux enfermement? Sans oublier ce qui se joue à l'insu du plein gré des remparts: le graffiti ne s'est pas privé d'en faire un support de contestation. De tout temps, philosophes et hommes de science ont pris le taureau théorique par les cornes. Ainsi d'Isaac Newton, dont le " Les hommes élèvent trop de murs et ne construisent pas assez de ponts" livre peut-être le fin mot de l'affaire. Il est à noter que le rapport à l'enceinte de béton n'est pas seulement l'apanage des penseurs. À l'instar de Léonard de Vinci, qui invitait les peintres à contempler les taches sur les parois de pierre afin de s'en inspirer, il est urgent de s'imprégner de la perception qu'en ont les artistes. Avec beaucoup d'à-propos, la Huberty & Breyne Gallery donne à voir Murs, une exposition placée sous le commissariat de Fabrice Douar et Cyrille Gouyette, respectivement directeur de collection chez Futuropolis et historien d'art. Le duo a ratissé large, s'entourant de signatures prisées, venues des quatre coins du monde, pour étoffer le propos. Au générique: Enki Bilal, Ernest Pignon-Ernest, EVOL, Miles Hyman, Kim Jung Gi, Loustal, Leonid Tishkov...

© ENKI BILAL, DIE MAUER BERLIN I, IMPRESSION NUMÉRIQUE PIGMENTAIRE SUR PAPIER (TIRAGE LIMITÉ À 6 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS ET SIGNÉS),

Murs, Jusqu'au 14/12, à la Huberty & Breyne Gallery, 33 Place du Châtelain, à 1050 Bruxelles. www.hubertybreyne.com

© LEVALET, HORS-JEU, TECHNIQUE MIXTE SUR PLANCHE 70X70CM, 2019
© EVOL, VORHUT 91FF, PEINTURE À LA BOMBE SUR CARTON, 96X197CM, 2018