DE NICOLAS WINDING REFN. AVEC RYAN GOSLING, CAREY MULLIGAN, BRYAN CRANSTON. 1 H 40. DIST: TWIN PICS.
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DE NICOLAS WINDING REFN. AVEC RYAN GOSLING, CAREY MULLIGAN, BRYAN CRANSTON. 1 H 40. DIST: TWIN PICS. "L'art est un acte de violence!", clame Nicolas Winding Refn dans NWR, l'excellent documentaire traçant son portrait et enrichissant l'édition Blu-ray de son formidable Drive. Un point de vue affirmé, rappelant des déclarations du même acabit, signées Nagisa Oshima et David Cronenberg. Une provocation, aussi, de la part d'un jeune cinéaste aimant les remarques ironiques, comme quand il avoue sa gratitude au Festival de Cannes pour un Prix de la mise en scène qui lui a permis de boucler le budget de son prochain film: " Je remercie les Français, j'espère qu'ils pourront récupérer leurs colonies... " S'il affectionne l'humour à froid, Nicolas Winding Refn crée dans la ferveur, et manifeste pour le cinéma une passion digne de celle de son collègue et aîné Quentin Tarantino. Une passion nourrie dans les vidéoclubs, notamment, et qui lui fit découvrir à l'adolescence un film déclencheur: The Texas Chainsaw Massacre. Son épouse se souvient en riant qu'il lui montra le film de Tobe Hooper à leur 2e rendez-vous, et on imagine que le rejeton du couple ne verra pas longtemps son univers cinématographique limité aux classiques de Walt Disney... La précision du format Blu-ray, celle des couleurs surtout, magnifie la riche palette de Drive. Assurément un des 3 meilleurs films de 2011, ce dernier nous emmène dans la roue d'un jeune as du volant, qui travaille dans un garage mais qui arrondit ses fins de mois en jouant les cascadeurs de cinéma ou en conduisant des malfrats à l'abri de la police. Sans arme et apparemment sans grands états d'âme, le personnage, joué avec une énorme présence par Ryan Gosling, va devenir un héros (défenseur littéral de la veuve et de l'orphelin), tout en exprimant sous la menace qui grandit un potentiel de violence dont le film cadre les fulgurances avec une force inouïe. On admire le style d'un réalisateur parvenu (à 40 ans seulement!) au sommet de son art, mais on vibre aussi à une émotion dont la lumineuse beauté contraste avec les horreurs qui éclaboussent l'image. Un grand film "noir", par un cinéaste dont l'amour du genre s'exprima dès ses précoces débuts. Nicolas Winding Refn se lança dans Pusher, plongée secouante dans le milieu de la drogue à Copenhague, sans jamais avoir étudié le 7e art. C'était en 1996, et l'autodidacte a signé 7 autres films (plus un téléfilm) depuis, dont le formidable Valhalla Rising juste avant Drive. Il a même déjà mis en boîte Only God Forgives, un polar mystique où il retrouve Ryan Gosling et qu'il a tourné à Bangkok, où nous le voyons en repérage sur un des bonus du Blu-ray. Ces suppléments nombreux et passionnants venant illustrer de bien intéressante manière l'art et la méthode d'un réalisateur qui s'inscrit remarquablement entre tradition et modernité, mythe et réalisme, force balistique et style épuré. l LOUIS DANVERS