New York, début des années 60. Les fantasmes suburbains de l'Amérique d'après-guerre avaient entraîné tous ceux qui possédaient un peu d'argent à aller s'enfermer dans les nouveaux pavillons incarnant la modernité de l' American way of life. Pendant ce temps, les grandes villes, lâchées par l'État, se mettaient lentement à crouler -un effondrement qui, à New York, aboutirait à la quasi- banqueroute de la ville au mili...

New York, début des années 60. Les fantasmes suburbains de l'Amérique d'après-guerre avaient entraîné tous ceux qui possédaient un peu d'argent à aller s'enfermer dans les nouveaux pavillons incarnant la modernité de l' American way of life. Pendant ce temps, les grandes villes, lâchées par l'État, se mettaient lentement à crouler -un effondrement qui, à New York, aboutirait à la quasi- banqueroute de la ville au milieu des années 70. C'est pourtant là, dans les espaces les plus décrépits d'une cité moribonde et désespérée, où la violence pouvait exploser à chaque coin de rue, que toute une génération de musiciens, d'artistes, de vidéastes, de cinéastes et d'écrivains fomentèrent la grande révolution esthétique qui verrait dans l'émergence du mouvement punk son dernier feu d'artifice. C'est en particulier dans les trois kilomètres carrés de la pointe de Manhattan que la plupart d'entre eux se rassemblèrent, profitant de l'aubaine douteuse que constitua la désertification progressive du port de la ville -et, avec lui, des ateliers et entrepôts qui l'entouraient comme un essaim de mouches sur une merde. D'Andy Warhol à Patti Smith, de John Cage à Merce Cunningham, de Yoko Ono et John Lennon à Allen Ginsberg et Jonas Mekas, de Hibiscus à Richard Hell, ils furent tous de cette aventure marquée aussi par l'apparition et la disparition de lieux de légende -CBGB, Factory, Chelsea Hotel, Fillmore East, et tant d'autres. C'est elle que Kembrew McLeod raconte dans Downtown New York Undeground, en un remarquable portrait de groupe où ce qui compte avant tout sont les relations davantage que les individus, les rencontres et les trajectoires davantage que les biographies. Son récit est poignant, électrique et rempli de plus d'anecdotes et de noms propres que ce qu'un être humain normal devrait être en mesure de se rappeler -mais c'était sans doute la condition qu'il fallait remplir pour parvenir à rendre compte de l'effervescence d'une époque dont nous ne cessons pas d'hériter.