"Trouble No More The Bootleg Series Vol. 13"

"Il y avait une présence dans ma chambre d'hôtel qui ne pouvait être que celle de Jésus... Jésus a posé sa main sur moi, c'était une présence physique." Bob Dylan a raconté sa soirée particulière du 18 novembre 1978 -deux ans plus tard à un journal néo-zélandais- alors qu'il vient de donner un concert à l'Arizona State University. La veille, à San Diego, un spectateur a lancé sur scène ce qui s'avère être une petite croix en argent: Dylan l'a empochée et provisoirement oubliée jusqu'au lendemain et cette brusque révélation de nouvelle foi chrétienne. L'histoire...

"Il y avait une présence dans ma chambre d'hôtel qui ne pouvait être que celle de Jésus... Jésus a posé sa main sur moi, c'était une présence physique." Bob Dylan a raconté sa soirée particulière du 18 novembre 1978 -deux ans plus tard à un journal néo-zélandais- alors qu'il vient de donner un concert à l'Arizona State University. La veille, à San Diego, un spectateur a lancé sur scène ce qui s'avère être une petite croix en argent: Dylan l'a empochée et provisoirement oubliée jusqu'au lendemain et cette brusque révélation de nouvelle foi chrétienne. L'histoire, comme d'autres, est consignée dans le livret du coffret deux disques de la série Bootlegs, spécialisée dans les inédits et raretés dylaniens, la plupart du temps, des chansons captées en concert. Robert Zimmerman, né en mai 1941 dans une petite communauté juive du Minnesotta, a, jusque-là, noyauté ses textes de références obliques, incitant l'auditeur à construire sa propre conscience détachée des dogmes. La particularité de la conversion dylanesque, c'est la façon dont l'artiste qui protège sévèrement sa vie privée dès le milieu des sixties publie trois albums studios consécutifs intégralement dédiés à son intime ferveur chrétienne: Slow Train Coming, Saved et Shot of Love paraissent entre l'été 1979 et celui de 1981. Le premier disque en particulier est piètrement accueilli par la critique et les exégètes dylaniens qui considèrent ces chansons comme des bondieuseries ineptes, trahison manifeste d'un parcours libertaire. Et pendant cette période où Dylan tourne énormément, il devient banal que certains spectateurs quittent les salles, incrédules ou furieux devant le prosélyte qui non seulement chante les louanges de la bande à Jésus mais les prêche également entre les morceaux. Il calmera ses déclarations scéniques au fil des mois pour se concentrer sur la musique qui, trois décennies et demi plus tard, apparaît comme l'une des plus ferventes jamais jouées par le pataphysicien folk. Une fois qu'on accepte de ne pas partager la dévotion des textes -ou de la partager- l'incandescence de l'interprétation fonctionne comme pour un disque gospel: la spiritualité de la musique l'emporte. D'autant que Bob s'est entouré d'un groupe rock plutôt acide -remarquable guitariste Fred Tackett- et de choeurs typiquement gospelisants. Le son est plutôt seventies humide mais sur les 30 morceaux de ce double CD, Dylan n'a jamais aussi bien chanté, particulièrement dans les divines ballades I Believe In You ou What Can I Do For You. Des trois chansons totalement inédites, on pointe Ain't No Man Righteous, No Not One, soul-blues furibard où Bobby se prend pour James Brown. Ou Aretha Franklin puisqu'on sait aussi que God is a woman...