Jah Wobble
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Jah Wobble DISTRIBUÉ PAR ROUGH TRADE. 8 Cela fait bien un ou deux chromosomes qu'on avait perdu la trace de Wobble, John Joseph Wardle, né en août 1958 dans l'East End londonien et pote délinquant de John "Lydon"Rotten. Avec ce dernier, bien avant les Pistols, il forme la bande des Four Johnsincorporant au passage John Simon Ritchie, futur Sid Vicious: en panne d'orthophoniste, celui-ci baptise accidentellement Wardle en Wobble (...), "oscillation"en anglais. Vu l'obsession du sujet pour le reggae, le pseudo reste et essaime fin des 70's lorsque Wobble rejoint Lydon dans Public Image Ltd pour deux albums où il impose une basse misanthrope: pas question de servir de béquille à la guitare et encore moins de siamois souriant envers la batterie. Directement inspirée du grondement jamaïcain et du dub princier, la quatre cordes snobe les manoeuvres préposées aux fondations et guide la musique en tête chercheuse. Trois décennies plus tard, Jah/John a exploré une trentaine d'albums de sa basse goulafe, accrochant une multitude de styles et d'univers: de la cithare chinoise de Zi Lan Liao aux teutonneries des ex-Can Holger Czukay et Jaki Liebezeit, en passant par Brian Eno et Björk. Après une mauvaise idée -reformer début 2012 Public Image sans Lydon sous le patronyme Metal Box In Dub-,Wobble en a une, plus simple et clairvoyante: s'associer à une chanteuse talentueuse pour revitaliser l'éternel reggae. Peu étonnant donc que les huit titres de l'album ramènent à cette charnière des années 70-80 où le style jamaïcain courtise naturellement un public soumis à l'électrochoc punk. Ici, c'est plutôt la fibre soul de l'Anglaise PJ Higgins qui définit le chant, la matrice, la sensualité du disque: vocaliste venue des reggae-jazzeux de Dub Colossus, Higgins a le genre de voix coulissante qui engage le dialogue des corps. Truc charnel, qui ne se définit pas plus qu'il ne se commande, il est posé nature sur la matière même de la musique. Avec un goût des syllabes poivrées, parfaites pour assaisonner le reggae, fleuve où Wobble fait si volontiers son nid. Toujours en totale et fière indépendance puisque sa basse couine, plane, gronde, ronronne, pète et courtise, sans jamais paraître intruse auprès des percus et du reste, dopée par une réverb exagérée que l'on retrouve dans les vieux disques de Burning Spear ou Tapper Zukie. Alors Chaingang a beau commencer par l'un de ces chants ancestraux en provenance des taulards, l'album signe d'abord un manifeste de liberté où le groove, c'est décidé, ne fera aucun prisonnier. PHILIPPE CORNET