Il y a d'abord le Rochette maître du récit postapocalyptique, celui qu'on a connu en premier, dans (À suivre) dès 1984, quand il reprit avec Lob le Transperceneige inachevé du regretté Alexis, un train aux mille wagons regroupant ce qu'il reste d'humanité sur une Terre détruite et désormais revenue à l'ère glaciaire. Une idée géniale qui a connu plusieurs suites (jusqu'à Terminus en 2015), une adaptation ciné ( Snowpiercer en 2013) et, bientôt, une série sur Netflix (attendue pour 2020). De quoi motiver Rochette à y ...

Il y a d'abord le Rochette maître du récit postapocalyptique, celui qu'on a connu en premier, dans (À suivre) dès 1984, quand il reprit avec Lob le Transperceneige inachevé du regretté Alexis, un train aux mille wagons regroupant ce qu'il reste d'humanité sur une Terre détruite et désormais revenue à l'ère glaciaire. Une idée géniale qui a connu plusieurs suites (jusqu'à Terminus en 2015), une adaptation ciné ( Snowpiercer en 2013) et, bientôt, une série sur Netflix (attendue pour 2020). De quoi motiver Rochette à y replonger encore, en lui donnant enfin, tel Ridley Scott avec Alien, un "prequel" annoncé en trois tomes, avec l'aide de Matz au scénario. Soit rien de moins que le récit du début de la fin du monde, au moment où un groupe d'écolo-terroristes s'apprête à lancer une apocalypse climatique, et qu'un milliardaire chinois aux petits airs d'Elon Musk finalise la réalisation d'un " moteur autonome", destiné à son " arche de Noé 2.0". Et puis, il y a le Rochette qu'on a réellement découvert l'année dernière avec Ailefroide. Un roman graphique voué à la montagne, nourri de 20 années de peinture non-figurative et auréolé de prix, où le Rochette guide de montagne, au visage fracassé par une mauvaise chute, fusionnait avec le Rochette peintre, dessinateur de BD et raconteur d'histoires. Une oeuvre magistrale, mais qui ne restera pas unique: voilà Le Loup, que l'on peut lire comme un spin-off d' Ailefroide puisqu'il se passe lui aussi dans le massif des Écrins, dans les Hautes-Alpes, narrant cette fois le combat à mort que vont se livrer un berger et un grand loup blanc. Un face-à-face d'une beauté et d'une tension rares, sorte de western alpin qui confronte l'Homme à la Bête, et qui n'a a priori rien à voir avec la fin du monde d' Extinctions. A priori seulement: l'auteur et son éditeur ont voulu sortir ces deux albums dans un format quasiment identique, et, surtout, simultanément. C'est dire si on peut y lire les deux faces inséparables d'une même pièce, ou plutôt d'un même auteur. Très différents dans leurs couleurs (celles d' Extinctions ont été réalisées par José Villarrubia, coloriste de Richard Corben; celles du Loup par la très tendance Isabelle Merlet), leur rythme et, évidemment, leur récit, ces deux albums parallèles de Rochette explorent en réalité les mêmes thèmes: violence des hommes, rapport à la nature, écologie et sort des utopies... Deux ambiances pour une même obsession: la place des hommes.