Frédéric Bézian et Noël Sismolo poursuivent l'hommage rendu aux romans de gare de l'entre-deux-guerres. Sans tomber dans la nostalgie servile, ils restituent parfaitement cette ambiance particulière qui animait les livres d'Arthur Conan Doyle ou de Gaston Leroux, avec leurs lots de poursuites endiablées, de personnages hauts en couleur et de mystè...

Frédéric Bézian et Noël Sismolo poursuivent l'hommage rendu aux romans de gare de l'entre-deux-guerres. Sans tomber dans la nostalgie servile, ils restituent parfaitement cette ambiance particulière qui animait les livres d'Arthur Conan Doyle ou de Gaston Leroux, avec leurs lots de poursuites endiablées, de personnages hauts en couleur et de mystères ésotériques... Ils lorgnent cette fois du côté d'Edgar P. Jacobs, ses bases sous-marines et autres fusées interplanétaires. Dans la Venise des années 1920, le Docteur Radar, sentant son but machiavélique tout proche, se fait de plus en plus sanguinaire. Il est passé des meurtres ciblés aux tueries de masse pour faire plier ses ennemis. Il s'associe avec les fascistes de Mussolini, non par conviction politique, mais pour détourner leur puissance à son profit. De leur côté, Ferdinand Straub, Pascin et Rebecca tentent par tous les moyens d'empêcher le fou de réaliser son dessein: régner sur le monde et probablement l'univers. Bézian reste dans son univers graphique: la Scala a laissé place aux palazzi vénitiens, et les structures métalliques et voûtes en béton armé du repaire secret de Radar sont mises à l'honneur. Le noir, omniprésent, laisse croire au déroulement nocturne de l'action et accentue l'impression mystérieuse inhérente au genre littéraire dont il s'inspire. Les esprits cartésiens n'y trouveront sans doute pas leur compte tant le rythme de la narration prend le pas sur la vraisemblance. Le ton est paradoxalement léger, parsemé de-ci de-là d'un humour pince-sans-rire, même si les protagonistes préfèrent les longues diatribes allégoriques et les insultes désuètes. C'est drôle et diabolique à la fois.