Il est l'exact contraire du photographe publicitaire qui avance diaphragme ouvert dans l'existence. Richard Dumas (Paris, 1961) entretient un rapport trouble, torturé, paradoxal, avec son art. Il est de ces photographes qui savent qu'il est vain de vouloir tout maîtriser. Mieux, il est ce "fou de chambre noir", bien conscient que c'est au coeur de ce processus hasardeux que va lui être rendu au centuple ce qu'il aura perdu de l'intention initiale. "Le noir qui transporte ailleurs": un comble pour un talent réputé pour son sens inouï...

Il est l'exact contraire du photographe publicitaire qui avance diaphragme ouvert dans l'existence. Richard Dumas (Paris, 1961) entretient un rapport trouble, torturé, paradoxal, avec son art. Il est de ces photographes qui savent qu'il est vain de vouloir tout maîtriser. Mieux, il est ce "fou de chambre noir", bien conscient que c'est au coeur de ce processus hasardeux que va lui être rendu au centuple ce qu'il aura perdu de l'intention initiale. "Le noir qui transporte ailleurs": un comble pour un talent réputé pour son sens inouï de la lumière. Raison pour laquelle il s'accroche à l'argentique -même s'il est passé par une période numérique- comme à un graal. "L'argentique a ceci de supérieur au numérique qu'il fait avancer dans les ténèbres... Plus ça va et plus on accumule de l'inquiétude, du noir... On ne vérifie rien. En numérique, on est sans cesse dans les retours en arrière, c'est humain de vouloir corriger", confiait-il lors d'un reportage que lui consacrait Amaury Voslion. Chez Dumas, le rapport à l'image en train de se faire est tout sauf limpide. Car un doute permanent habite ce photographe qui travaille pour la presse (Les Inrocks, Le Monde, Télérama, la fameuse page "Portrait" de Libération). On a coutume de rapprocher son travail de celui de Richard Avedon, avec lequel il dialogue indiscutablement. C'est d'ailleurs sur la définition que donnait le photographe américain du portrait que Dumas s'appuie: "Une image de quelqu'un qui sait qu'on le photographie." "Cette connaissance est aussi importante que la chemise qu'il porte", a coutume de préciser le Français. Malgré la légion de monstres sacrés qu'il a photographiés -Miles Davis, Jim Jarmusch, Nick Cave, David Lynch, Alain Bashung...-, Richard Dumas s'est souvent défendu d'être un portraitiste. Il est vrai que plusieurs de ses prises de vue rusent avec la définition d'Avedon, à la manière du cliché inépuisable de Jean-Luc Godard contemplant Paris depuis un oeil-de-boeuf. Mais il y a aussi Keith Richards dissimulé derrière un rideau de fumée. Joe Strummer les yeux fermés. Charlotte Gainsbourg de profil. C'est que Dumas débranche la conscience de l'être-photographié pour faire accéder à la dimension intérieure de la personnalité représentée. Une dimension dont il a très souvent conscience pour en avoir fouillé les non-dits, l'homme étant un consommateur invétéré de signes -musique, cinéma, littérature... Ce qui lui donne toujours une longueur d'avance. "J'en sais toujours plus sur eux qu'eux sur moi", livre-t-il en guise d'excuse. KEITH, PATTI, CLINT ET LES AUTRES, RICHARD DUMAS, BOX GALERIE, 88, RUE DU MAIL, À 1050 BRUXELLES. WWW.BOXGALERIE.BE JUSQU'AU 22/03. MICHEL VERLINDEN