Voici quelques semaines à peine, on évoquait déjà le nom de Nicolas Jaar dans ces mêmes colonnes. Il s'agissait de tresser des lauriers pour Against All Logic, l'alias derrière lequel il exprime ses envies les plus directement dansantes, entre disco-house et techno racée. Le producteur américano-chilien revient cette fois sous son propre nom pour proposer des textures électroniques nettement plus apaisées. Celles avec lesquelles on avait appris à le connaître en 2011. Acclamé par la critique, Space Is Only Noise montrait brillamment sa capacité à créer des espaces ouverts, des lignes d'horizon dégagées, sans jamais tomber dans l'...

Voici quelques semaines à peine, on évoquait déjà le nom de Nicolas Jaar dans ces mêmes colonnes. Il s'agissait de tresser des lauriers pour Against All Logic, l'alias derrière lequel il exprime ses envies les plus directement dansantes, entre disco-house et techno racée. Le producteur américano-chilien revient cette fois sous son propre nom pour proposer des textures électroniques nettement plus apaisées. Celles avec lesquelles on avait appris à le connaître en 2011. Acclamé par la critique, Space Is Only Noise montrait brillamment sa capacité à créer des espaces ouverts, des lignes d'horizon dégagées, sans jamais tomber dans l'abstraction pure. C'est ce programme qu'il réactive avec Cenizas, "cendres" en espagnol, nouvel album à la beauté sombre et fascinante. Dans chacun de ses disques, Nicolas Jaar a toujours cherché à introduire des éléments susceptibles d'ouvrir une discussion politique. C'est encore le cas ici. Cette fois, pourtant, la musique prend une dimension plus spirituelle. Cela tient sans doute à la démarche que le producteur a entreprise pour composer Cenizas. Il l'explique dans une note d'intention qui résonne forcément avec l'époque actuelle: " La musique est née d'un désir de sentir chaque chose -il y a quelques années, j'ai arrêté l'alcool, la cigarette, la caféine, la viande, etc. Et, pendant un moment, je me suis aussi mis en quarantaine quelque part, à l'autre bout du monde, pour travailler sur de nouveaux morceaux. Je ne voulais pas continuer à nourrir le système. Sa boulimie, son passé. Mais amener en premier lieu une présence. Et de l'amour." Plus loin, il explique avoir cherché à se débarrasser de toutes les négativités qui continuaient de le ronger, et à les exclure de sa musique. " Évidemment, cela ne s'est pas vraiment passé comme prévu (désolé !...)." De fait, Cenizas n'a rien de la longue méditation ambient apaisée, encore moins du disque de relaxation transcendantale. En d'autres mots, il n'est pas le genre de disque à livrer des réponses toutes faites. S'y plonger revient à être ballotté en pleine tempête, sans cesse ramené à ses propres tourments. Comme si les morceaux mutaient en permanence, à la fois immobiles et tout le temps en mouvement. En elle-même, la musique n'a pourtant rien de déchaîné ou de tumultueux. Si le silence est d'or, les morceaux que construit Jaar ressemblent plutôt à des diamants sombres. Qu'ils sonnent comme une messe de la fin des temps ( Menysid) ou des incantations spirituelles à la John Coltrane ( Agosto, Gocce), dont il cite d'ailleurs l'influence, évoquant son album Crescent comme l'un des repères qui l'a aidé à terminer le sien. " J'espère que Cenizas montre autant l'obscurité qu'un chemin pour en sortir, ajoute encore Jaar. Je veux que cette musique puisse soigner et aider à penser les questions difficiles que l'on peut se poser sur soi-même et sur la manière dont vont les choses." Chacun réagira évidemment à sa façon. Mais il sera difficile de nier à Cenizas une profondeur que l'on ne trouve, au fond, pas si souvent que ça dans la production musicale. Voire même quelque chose qui n'est pas loin de la magie.