Elles sont ce qu'on pourrait appeler, en journalisme, des super marronniers. Les marronniers, sujets bateaux par excellence que nous ressortent tous les médias à tel ou tel moment de l'année (la rentrée scolaire, les soldes, les départs en vacances, etc.), trouvent avec la commémoration une sorte de modèle, de maître envié. Chaque année, les chaînes se doivent de rendre hommage aux événements qui, 10, 20, 50 ou 100 ans plus tôt ont fait l'Histoire. La programmation touffue liée aux 50 ans de l'assassinat de JFK est là pour le rappeler: entre émissions spéciales et documentaires, les grilles n'ont pas fini, d'ici le 22 novembre, de nous parler de Dallas, de son épouse Jackie, de Lee Harvey Oswald et de la Commission Warren. Mais si des événements tragiques comme le 11 septembre 2001 ou le 22 novembre 1963 nourrissent des programmes ponctuels, puisqu'ils font référence à une date en particulier, d'autres commémorations déploient leurs dispositifs sur de bien plus vastes périodes.
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Elles sont ce qu'on pourrait appeler, en journalisme, des super marronniers. Les marronniers, sujets bateaux par excellence que nous ressortent tous les médias à tel ou tel moment de l'année (la rentrée scolaire, les soldes, les départs en vacances, etc.), trouvent avec la commémoration une sorte de modèle, de maître envié. Chaque année, les chaînes se doivent de rendre hommage aux événements qui, 10, 20, 50 ou 100 ans plus tôt ont fait l'Histoire. La programmation touffue liée aux 50 ans de l'assassinat de JFK est là pour le rappeler: entre émissions spéciales et documentaires, les grilles n'ont pas fini, d'ici le 22 novembre, de nous parler de Dallas, de son épouse Jackie, de Lee Harvey Oswald et de la Commission Warren. Mais si des événements tragiques comme le 11 septembre 2001 ou le 22 novembre 1963 nourrissent des programmes ponctuels, puisqu'ils font référence à une date en particulier, d'autres commémorations déploient leurs dispositifs sur de bien plus vastes périodes. 2014, on peut d'ores et déjà vous l'assurer, sera toute entière pavée d'hommages au centenaire de la Première Guerre mondiale. Des opérations qui se préparent bien à l'avance, tant elles requièrent, au sein des chaînes ou des groupes de chaînes, originalité et force d'approche. "On travaille en amont depuis pas mal de temps maintenant, en tout cas depuis que j'ai pris mes fonctions au printemps 2012: un cabinet de pilotage a été mis en place, avec toutes les chaînes du groupe, mais également le sport, le numérique et les différents services qui pourraient être concernés. C'est un moment important pour le service public, d'autant que cela va durer jusqu'en 2018, puisqu'on va être amenés à suivre les différents anniversaires qui méritent d'être célébrés au fil de cette période", explique David Djaoui, Directeur de l'harmonisation, de l'événementiel et de la coordination du flux du groupe France Télévisions. Si David Djaoui reconnaît que des contacts informels peuvent être noués avec d'autres chaînes publiques et avec des partenaires internationaux (notamment au sein de l'UER, l'Union européenne de radio-télévision), les choix éditoriaux liés aux commémorations en tout genre se font en interne, sans réellement consulter ce que le voisin mettra dans son assiette. Quand on pense au 11 septembre, par exemple, on imagine que trouver des angles originaux chaque année doit faire suer les programmateurs, sachant que, contrairement à d'autres dates majeures, l'effondrement des tours jumelles fait systématiquement (même si les cinq et dix ans ont été plus riches en développements) l'objet d'un hommage. "Le 11 septembre est devenu une sorte de routine, reconnaît Emmanuel Tourpe, directeur de la programmation à la RTBF. On essaie alors de trouver quelque chose de spécial à faire, un angle particulier. Pour les commémorations majeures, comme ce que nous avons fait récemment pour les 60 ans de la télé, il est important de jouer avec toutes les touches du piano, en profitant de tous les moyens dont nous pouvons disposer." Quant à savoir si les chaînes ne craignent pas de diffuser les mêmes documentaires ou les mêmes films pendant ces périodes, Emmanuel Tourpe rassure: "Nous avons des acheteurs qui sont à l'affût et qui se battent pour obtenir les meilleurs programmes." Avec, on s'en doute, des clauses d'exclusivité pour que TVI et La Une, par exemple, ne se marchent pas mutuellement sur les pieds. "Les grands événements se préparent longtemps à l'avance, sur base de ce qu'on appelle les éphémérides, qui sont des agendas des grands rendez-vous. Pour vous donner un exemple, on travaille déjà sur de grandes dates pour 2015", poursuit Emmanuel Tourpe. Lequel préfère rester discret sur lesdites grandes dates, concurrence oblige. Mais notre petit doigt (et notre calendrier) nous suggère qu'on sortira notamment costumes et canons d'époque pour commémorer le bicentenaire de Waterloo 1815... Si 2014 nous réserve un nombre conséquent d'émissions, de magazines et de films consacrés à la Première Guerre mondiale, on peut s'attendre également à de grandes démonstrations de force autour des 60 ans du Débarquement de 1944. Puis de la Libération de Paris. "L'idée sera clairement de feuilletonner ces événements, ce qui demande une sacrée dose de coordination", souligne encore David Djaoui. Friande de commémorations, la télévision adore également les anniversaires. Notamment de personnalités culturelles importantes: 2013 fut ainsi marquée par des hommages aux 70 ans d'Adamo sur RTL et aux 200 ans de Wagner et Verdi sur Arte. "En 2014, nous célébrerons la Guerre de 14, mais aussi le 150e anniversaire de Richard Strauss, ou encore le centenaire de Louis de Funès ou d'Arno Schmidt. Le plus sûr moyen de se démarquer des autres chaînes est de produire un programme inédit, ce qu'Arte fait de façon quasi systématique pour les très grands événements. Par ailleurs, Arte est très présent sur le numérique et crée des contenus originaux et le plus souvent interactifs sur ses plateformes, comme ce sera le cas pour la Guerre de 14, ou propose l'intégrale d'une oeuvre pour laquelle nous n'aurions pas la place à l'antenne, comme c'est le cas pour l'anniversaire Verdi et ses 26 opéras que nous proposons sur Arte Live Web", explique Claude-Anne Savin, responsable du service presse chez Arte. Prévisible et parfois un peu lassant, le phénomène des commémorations n'est, par nature, pas voué à s'essouffler. On en reparle dans dix ans. Pour les 60 ans de la mort de Kennedy. Et pour les 80 ans d'Adamo. TEXTE Guy Verstraeten