D'habitude, c'est le genre de produits customisés et de petits cadeaux que les labels dégainent pour les fêtes de fin d'année. Éventuellement pour un anniversaire ou un Record Store Day. Let the Kid Go (Extented), Re-Harmed, Paradigmes: suppléments... Depuis la rentrée, quelques groupes, belges ou étrangers, ont réédité des albums du confinement, du Covid ou du juste avant. Bonus tracks, reprises, relectures acoustiques sont autant de moyens d'occuper le terrain, de donner une deuxième vie à des disques pas spécialement sortis au meilleur des moments.
...

D'habitude, c'est le genre de produits customisés et de petits cadeaux que les labels dégainent pour les fêtes de fin d'année. Éventuellement pour un anniversaire ou un Record Store Day. Let the Kid Go (Extented), Re-Harmed, Paradigmes: suppléments... Depuis la rentrée, quelques groupes, belges ou étrangers, ont réédité des albums du confinement, du Covid ou du juste avant. Bonus tracks, reprises, relectures acoustiques sont autant de moyens d'occuper le terrain, de donner une deuxième vie à des disques pas spécialement sortis au meilleur des moments. " Il est toujours cool et bienvenu d'alimenter un peu la machine. C'est comme un teaser. Montrer qu'on bosse toujours" , raconte Audrey Marot, alias Annabel Lee, en plein déménagement. Son groupe avait pressé 300 exemplaires, tous vendus, de Let the Kid Go. " Le label a voulu lancer un nouveau pressage et pour marquer le coup, on a essayé de proposer un truc un peu spécial. Comme on n'avait pas de vieux morceaux en rade, on a dévoilé des versions dépouillées de deux chansons qui devraient figurer sur notre prochain album. C'est un peu ce que les autres reçoivent quand je leur envoie une démo. On a aussi ajouté une reprise de Fontaines D.C. (I Don't Belong ) et deux relectures acoustiques." On ne peut pas dire que ce soit pour relancer les ventes. Ces titres ne figurent pas sur les versions physiques. Trop compliqué dans le contexte actuel avec les lenteurs, les ratés et les tarifs de l'industrie du vinyle. Par contre, ils sont disponibles sur les plateformes de streaming. " Je ne sais pas dire si on aurait proposé la même chose sans le Covid", avoue-t-elle. En attendant, cette poignée de titres font office de trait d'union, un nouvel album devant être enregistré au printemps. " Notre tournée a été avortée, amputée, à cause de la pandémie. Beaucoup de dates en France sont tombées à l'eau. Ces quelques morceaux ont accompagné la reprise des concerts." Bad timing pour Endz également. Harmed est sorti le 13 mars 2020. Soit le premier jour de la quarantaine. De quoi susciter l'intérêt de la presse et avoir de l'écho dans les médias mais sans pouvoir en profiter sur le live. " C'est pas qu'on n'a pas joué, commente Loïc Bodson. Mais moins que d'habitude. C'est un album Covid. Il a pratiquement un an et demi maintenant. C'est compliqué de le vendre comme de la nouveauté auprès des programmateurs et programmatrices. Et en même temps, je comprends leur logique. Il y a une énorme pression pour le moment. Une quantité de sorties, de groupes qui tournent... C'est impressionnant. Même dans les gros bazars. Adèle, Angèle, Stromae, Coldplay..." Endz a déterré deux chansons inédites (" inutile de les garder sur un disque dur") et une démo ( Something New). Enregistré des versions de chambre de Daughters et Mighty Whitey, qui aura le droit à un clip gore pour Halloween... Encore une fois, il est ici uniquement question de digital. " Une affaire de délais et de coûts. D'autant qu'on a surtout survécu économiquement depuis un bout de temps." En France, en plus d'avoir intégralement filmé leur dernier album Paradigmes, les zozos de La Femme ont sorti des cartons dix titres (dont un remix de Nouvelle-Orléans, des versions espagnole et anglaise de Disconnexion) pour prolonger l'expérience. Parmi eux, il y a Trop de peine. Leur cri d'alerte caustique et faussement naïf contre l'urgence climatique. Une chorale de gosses y chante les oiseaux mazoutés, la viande clonée, les légumes trafiqués et le fait de griller par la 5G... Pour Nicolas Michaux, il n'était pas question de ressortir l'album paru en septembre 2020 avec des bonus. " Évidemment, c'est l'occasion de faire revivre le projet. C'était l'opportunité de susciter quelque chose autour des concerts de septembre-octobre. D'amener un peu d'actu. Mais pour moi, c'est un vrai disque. Si on ne connaît pas Amour Colère et me découvre avec Les Chutes , je serai très content. Vraiment." Le dandy et esthète de la pop belge n'avait pas prévu le coup. C'est le Covid et les confinements qui l'ont poussé dans cette direction. " Quand Amour Colère est sorti en septembre 2020, on se disait que ça allait rouvrir et tout a refermé. J'avais de quoi m'occuper mais en triant et en rangeant mes affaires, je suis retombé sur des trucs que j'avais abandonnés. Des chansons que je n'avais pas pu ou pas voulu mettre sur le disque. Pendant un mois, un mois et demi, j'ai retravaillé cinq de ces morceaux en jachère auxquels j'ai ajouté des versions alternatives de cinq titres d'Amour Colère . Ça me semble artistiquement intéressant. Ça montre une autre facette de mon travail. Le travail d'artisan. Il lève le voile sur la genèse de certaines chansons et met en lumière des titres qui ne sont tout simplement pas sortis. C'est entre guillemets différent et plus éclaté qu'un album. La compilation te rend plus libre." Avoir un peu de nouveauté à vendre est tout sauf superflu dans un monde qui a la zappette culturelle perpétuellement à la main. A fortiori vu les embouteillages devant les salles de concert... " Avec Turner Cody, je me rends compte que les tourneurs sont un peu en syndrome post-traumatique, observe Nicolas Michaux. Même si des choses se passent, on a encore du mal à se trouver un bookeur européen. L'aspect positif, c'est que Turner et les Soldiers of Love (dont Nicolas fait partie, NDLR) vont faire une tournée en première partie d'Adam Green."