Anvers. Sur le Melkmarkt, au premier étage d'une librairie, le Tune up aligne les bacs de disques vinyles. C'est là que Mauro Pawlowski rencontre les journalistes venus causer de Keep You Close, 6e album de dEUS, encore et toujours le navire-amiral du rock belge, rejoint par l'intéressé en 2005.
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Anvers. Sur le Melkmarkt, au premier étage d'une librairie, le Tune up aligne les bacs de disques vinyles. C'est là que Mauro Pawlowski rencontre les journalistes venus causer de Keep You Close, 6e album de dEUS, encore et toujours le navire-amiral du rock belge, rejoint par l'intéressé en 2005. Le lieutenant-guitariste reste fidèle à lui-même: aussi affable qu'impénétrable. L'enregistrement du nouvel album? RAS, sinon le nouveau mode de fonctionnement où chacun dans le groupe a dû mettre son grain de sel. Un accouchement un peu long certes pour quelqu'un qui, comme Pawlowski, a l'habitude pendant ce temps-là de multiplier les projets parallèles. Mais un investissement logique dans le cas précis de dEUS qui continue à avoir des ambitions internationales . "Après tout, 3 ans entre 2 disques, c'est un rythme normal pour un groupe anglais ou américain." Il en faut en tout cas davantage pour bousculer le Buster Keaton du rock belge, à l'air toujours aussi lunatique . "Ah, je sais, rigole-t-il. On me le dit régulièrement. Cela doit tenir à mon physique, je donne souvent l'impression que je suis un peu ailleurs. "Ce détachement, pas certain que Pawlowski ne le cultive quand même pas un peu. "C'est pour ça que l'on a parfois des mots", sourit Tom Barman, encore et toujours le centre -très- nerveux de dEUS. Au cours de la conversation, dans le café d'à-côté, le leader confirme à son tour les bases de Keep You Close, disque conçu entièrement en groupe, et presque dans la sérénité. En 2008, lors de la sortie du précédent Vantage Point, il expliquait vouloir "s'asseoir et écouter davantage les autres jouer". Quand on le lui rappelle, il s'en étonne presque: "Pour une fois, on a fait exactement ce qu'on a dit. "Il est cependant écrit que la vie de dEUS ne sera jamais un long fleuve tranquille. Pas besoin de gratter longtemps. "La période qui a suivi Vantage Point n'a pas été très bonne pour moi, confesse Barman, sans fausse pudeur. Je n'ai pas de talent pour la dépression. Mais je n'étais pas bien dans ma peau. Je ne trouvais pas ma place, je buvais trop... " L'origine du malaise? "Vantage Point a été une déception. Pour la première fois, j'avais l'impression, forcément subjective, qu'on courait après les faits. La tournée, par exemple, n'a pas été un désastre, mais elle était trop courte: "Ben oui, Tom, mais on a déjà fait 2 fois le tour de l'Europe, qu'est-ce que tu veux encore faire?!" J'avais l'impression de ne pas pouvoir exercer mon métier, d'être gardé à la maison... On venait aussi de la tournée Pocket Revolution qui, tant financièrement que du point de vue du public, a été la meilleure de notre carrière. Et là, tout à coup, on commençait à avoir du mal à remplir des salles qui d'habitude affichaient sold out en un clin d'£il. A la fin, c'était toujours rempli. Mais je n'oublierai jamais ce stress. Je ne crois pas qu'on ait fait un jour un disque de merde, et donc qu'on mérite que les gens nous "punissent". C'était horrible. "Barman rumine d'autant plus qu'il se retrouve bientôt à devoir replonger dans les bandes de Worst Case Scenario, 1er disque historique du groupe qui bénéficie en 2009 d'une ressortie en édition deluxe - "la même histoire régurgitée encore et encore... ". Plus confrontant encore, l'an dernier, le film Tempo of A Rest-less Soul est dévoilé au public. Le documentaire de Manu Riche suit Barman et son groupe aussi bien dans ses hauts (les concerts à Werchter, les concerts 0110 contre l'extrême droite...) que dans ses bas... "Cela m'a laissé des sentiments très ambivalents... Il y a des choix du réalisateur de montrer certaines choses et pas d'autres. Il y a de l'opportunisme, parfois de la manipulation. J'ai beaucoup rigolé en le regardant, mais il y a aussi des trucs plus pénibles sur Alan (le bassiste de dEUS traverse alors une dépression, ndlr). Je trouve ça beau, je trouve ça très honnête d'une certaine manière. Combien de groupes montrent leurs flops? Comme quand on se retrouve à jouer devant 11 personnes à Seattle? Je trouve qu'on n'a pas reçu assez de crédit pour ça. "Centré à l'origine sur la personnalité de Barman, Tempo of a Restless Soul montre surtout à quel point la vie de l'Anversois est imbriquée dans celle de dEUS. "Bien sûr, j'ai ma vie privée, mais les 2 se mélangent fort. Aujourd'hui, je me rends compte de la fragilité de cette situation... Quand tu as 28 ans, c'est cool de dire: "Je vis uniquement pour la musique!". C'est différent quand tu en as 39... Le fait que j'étais malheureux m'a fait prendre conscience de ça: je n'ai pas d'issue si cela foire. " De là à dire que Barman a changé son fusil d'épaule... "J'ai toujours dit que je ne voulais pas travailler autrement. Pour moi, s'investir totalement est la seule façon de faire quelque chose de bien. D'où cette souffrance existentielle. Mais d'un autre côté quand tu aboutis, c'est énorme, cela donne beaucoup d'énergie. "D'ailleurs, pour se sortir du trou, Barman replonge, têtu. Mais en se mettant cette fois-ci peut-être davantage à nu. Avec pour résultat Keep Your Close ( lire critique page 34), album présenté comme plus "chaleureux". "Le fait de vieillir un peu, c'était peut-être le moment d'avoir un disque plus introspectif, plus fragile... "Dans le long métrage de Barman, Anyway The Wind Blows (2003), l'un des personnages affirmait haut et fort:" La vie nous donne des baffes, l'important c'est de rester beau. " Pas mieux... DEUS, KEEP YOU CLOSE. DIST: UNIVERSAL. ENTRETIEN LAURENT HOEBRECHTS