Le 27 mars 2020, Bob Dylan, à deux mois de ses 79 ans, met sur YouTube et les plateformes digitales Murder Most Foul. Le morceau, qui tire à 16 minutes 56 secondes, bat le précédent record dylanien - Highlands et ses modestes 16 minutes 31 secondes, paru en 1997. Confirmant une nouvelle fois que le joker misanthrope trompe volontiers les attentes musicales. Pas seulement le timing a priori absurde d'un folk dégraissé - voix, piano, percus, violon- mais le thème nord-américain du titre, opus qui tient à la fois de la protest song et de la revue historique, du commentaire politique et de l'écume poétique. En l'occurence, Dylan part du meurtre de JFK à Dallas en novembre 1963 -raconté à la manière crue d'un agneau jeté à l'abattoir- et remonte les décennies jusqu'aux fissures contemporaines. Peut-être stimulé par l'actuelle crise mondiale de Coronavirus, Bob conduit sa ballade d'une Amérique meurtrie et changeante, secouée par une contre-culture qui rentrera bientôt dans le rang. L'épique vire à l'hypnose au fil des noms et lieux mémoriels qui défilent: les Beatles, The Everly Brothers, John Lee Hooker, Altamont et Woodstock, Charlie Parker, le Tommy des Who, The Eagles, et d'autres. Comme une galerie étourdissante en fuselage mantra qui unirait aussi ses concitoyens dans un même destin tumultueux. Murder Most Foul figure sur le nouvel album de Bob, Rough and Rowdy Ways, qui paraît ce 19 juin.
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Le 27 mars 2020, Bob Dylan, à deux mois de ses 79 ans, met sur YouTube et les plateformes digitales Murder Most Foul. Le morceau, qui tire à 16 minutes 56 secondes, bat le précédent record dylanien - Highlands et ses modestes 16 minutes 31 secondes, paru en 1997. Confirmant une nouvelle fois que le joker misanthrope trompe volontiers les attentes musicales. Pas seulement le timing a priori absurde d'un folk dégraissé - voix, piano, percus, violon- mais le thème nord-américain du titre, opus qui tient à la fois de la protest song et de la revue historique, du commentaire politique et de l'écume poétique. En l'occurence, Dylan part du meurtre de JFK à Dallas en novembre 1963 -raconté à la manière crue d'un agneau jeté à l'abattoir- et remonte les décennies jusqu'aux fissures contemporaines. Peut-être stimulé par l'actuelle crise mondiale de Coronavirus, Bob conduit sa ballade d'une Amérique meurtrie et changeante, secouée par une contre-culture qui rentrera bientôt dans le rang. L'épique vire à l'hypnose au fil des noms et lieux mémoriels qui défilent: les Beatles, The Everly Brothers, John Lee Hooker, Altamont et Woodstock, Charlie Parker, le Tommy des Who, The Eagles, et d'autres. Comme une galerie étourdissante en fuselage mantra qui unirait aussi ses concitoyens dans un même destin tumultueux. Murder Most Foul figure sur le nouvel album de Bob, Rough and Rowdy Ways, qui paraît ce 19 juin. Pourquoi le Livre Guinness des records snobe t-il The Great Barrier Reefer (2006) pointant quand même à 79 minutes 23 secondes? Il est possible que le jury, légèrement impatient, n'ait pas été transfiguré par le doom metal des auteurs, les Américains de Bongripper. Ceci dit, le quatuor de Chicago ne fait monter ses guitares en enfer qu'à partir de la septième minute, après qu'une voix d'un type qui ne fera jamais d'annonce en aéroport ait glissé ses recommandations. Celles-ci étant tirées du Livre de l'Apocalypse, dernière étape du Nouveau Testament, qui dévoile aimablement à Jean le sens divin de son époque et la prochaine délivrance du Peuple de Dieu. On ne va pas spoiler la fin de la crucifixion, d'autant qu'on s'est dégonflé avant les quasi-80 minutes, pas trop chaud d'intégralement traverser la mer Rouge en compagnie des Moïse métalliques. Autant le dire d'emblée: la plus longue chanson jamais mise en disque, d'après le Livre Guinness des records, ne va rameuter ni les foules ni les admirations hallucinées. Pointant au timing légèrement mégalomaniaque de 76 minutes 44 secondes, Apparente Libertà est attribuée à Giancarlo Ferrari, jusqu'ici inconnu de nos services bien qu'ayant fait partie des gothiques Some Sad Clowns. Inutile d'attendre un semblant de construction -encore moins de couplet/refrain- à l'écoute de ce délire éveillé qui débute par des claviers synthétiques tout droit sortis d'un stage de coloriage en maternelles. Sur ce, la voix en italien de Giancarlo, méchamment prise en otage par une réverbe obèse, couvre de son vaste manteau de fausse fourrure un interminable champ lexicalo-idéologique questionnant, selon Wikipédia, " les distorsions de l'Histoire, la pollution, le racisme, l'esclavage, les illusions de la classe ouvrière et la diffusion par les médias de nouvelles qui rendent la vraie démocratie impossible". Sans surprise, la chose n'est pas montée plus haut que la 52e place au Top norvégien iTunes. On peut déjà parler de miracle. Face aux incongruités musicalement autosuicidaires de ces pages, on coche un morceau de longueur junior, 9 minutes 33 secondes, mais qu'on vénère ardemment. Jungleland clôt Born to Run, l'album qui, à l'été 1975, met définitivement Bruce Springsteen en orbite. Le titre en question est le plus cosmique de la carrière de l'ouvrier du New Jersey, devenu patron de la multinationale springsteenienne. Bourlingué en live et studio sur une période de 19 mois, Jungleland est une sorte de mix sublimé entre l'écho fifties du romantisme à la Roy Orbison et un chorus orchestral de Leonard Bernstein cherchant l'électricité. La chanson, tout en crescendo avec cordes lacrymales, features le solo de sax le plus exponentiel de Clarence Clemons, irriguant une histoire de flirt poussé et de sorties en bandes urbaines. Jungleland, c'est New York aux veines sentimentales offertes, métaphore du bitume émotionnel, surtout quand il fond sur la météo d'un été torride ou, plus simplement, de l'amour présumé. Avec dans cette chanson en IMAX, quelques-unes des meilleures lignes reniflées par le boss, comme " The street's alive as secret debts are paid, contacts made, they vanished unseen, Kids flash guitars just like switch-blades hustling for the record machine." Saurait-on mieux dire? Coincé entre l'avènement super-blues à la Led Zep et le glam-rock bisexuel, le prog rock anglais s'est distingué en vanités longuissimes. Classiquement, on pense à Yes, qui se fait lubrifier le mellotron dans les 18 minutes 42 secondes de Close to the Edge en 1972, alors qu'on préfère -de loin- le Genesis période Gabriel. Et son Supper's Ready qui pointe à 23 minutes 6 secondes, quand même, toujours en 1972. On est là au coeur de la galaxie gabrielienne, incluant la fantaisie d'improbables costumes scéniques: par exemple, lorsqu'il porte une robe rouge (de sa femme) et une (fausse) tête de renard. Peter au pays des merveilles? Sans doute, même si pour expliciter la narration de Supper's Ready, Gabriel dira ultérieurement qu'il s'agit d'abord " d'un voyage personnel qui se termine comme une promenade au sein du Livre de l'Apocalypse (encore...)". Chanson de longueur biblique, en pas moins de sept sections, introduite par la parole de Gabriel qui raconte l'histoire d'un " vieil Henry qui se déshabille et se frotte à l'herbe d'où surgissent des vers de terre". OK, raconté comme cela, le fantasme débande, mais voilà pourtant l'une des plus consistantes érections rock, prog ou pas. C'est pas tous les jours qu'un morceau de musique fait la fortune d'un label naissant à vocation underground. Cas d'école de commerce comme de conservatoire, le Tubular Bells (1973) de Mike Oldfield est une géniale anormalité discographique. Cet Anglais n'a que quinze ans lorsqu'il sort un premier album commun avec sa soeur sous le patronyme de The Sallyangie et un peu plus de dix-neuf, lorsqu'il entame les sessions de Tubular Bells en novembre 1972 au Manor, studio lové dans la verdure de l'Oxfordshire. Richard Branson, son proprio qui vient de créer Virgin Records, octroie une semaine à Oldfield pour boucler les maquettes enregistrées dans un quelconque flat de Tottenham Court Road, alors qu'il sort d'épisodes comme bassiste avec Kevin Ayers et Gong. Mi-hippie renfrogné, mi-autiste hypra-talentueux, Oldfield met sur bandes deux suites du même titre - Tubular Bells- sous-baptisées Part One et Part Two, la première de 25 minutes 58 secondes, dépassant tout juste l'ampleur de la deuxième. Hormis quelques instrumentistes de bref passage, Oldfield mène la quinzaine d'instruments qu'il empoigne -des guitares au glockenspiel- dans un sympho rock fasciné par ses propres propensions au crescendo. À l'exception de l'intervention de Vivian Stanshall, maître de cérémonie annonçant d'une voix de stentor la liste des instruments impliqués, l'affaire est strictement non-vocale. Et devient un massif succès international -15 millions d'exemplaires vendus et une demi-douzaine de remakes ultérieurs signés Oldfield lorsque son thème d'ouverture monomaniaque est incorporé dans la BO de L'Exorciste, considérable succès cinématographique de William Friedkin sorti fin 1973. James Murphy de LCD Soundsystem est un embobineur (sympathique): non seulement il triche sur la durée du morceau 45:33 -faisant 46 minutes 4 secondes- mais entourloupe son client corporate. Commissionné en 2006 par Nike, James, qui ne donne pas tous les signes extérieurs du sportif acharné, prétend initialement que son propre entraînement en salle a suscité l'écriture d'une ode au jogging. Qu'il ne pratique nullement mais qu'il soudoie pour l'occasion, de beats pianistiques et de viriles voix black via une tranche d'électro-soul à prédominance instrumentale, variations menées sur une demi-douzaine d'atmosphères soniques. Comportant même des sensations carnavalesques -vers la 27e minute- supposées resserrer le lycra lorsqu'on longe le réservoir de Central Park, même si on peut aussi l'essayer du côté d'un autre parc. Murphy a gentiment expliqué que cette exploration de la transpiration métronomique lui était, en grande partie, venue de travaux discographiques comme le E2-E4 de l'allemand Manuel Göttsching, du krautrock Ash Ra Temple. Référence ramenant aux Tangerine Dream et Klaus Schulze, tontons synthés flingueurs des seventies planantes qui faisaient volontiers des morceaux au-delà du quart d'heure. " J'ai pris un acide en écoutant ce morceau en 1972 et je me suis réveillé étant quelqu'un d'autre en 1996". Voilà le genre de remarque piochée sur YouTube concernant Septober Energy, album susceptible d'énerver pas mal de gens, surtout les moyennement cosmiques. Composé de quatre morceaux -pointant de 18m45 à 23m34-, ce double LP qui paraît à l'automne 1971 est d'abord l'oeuvre de Keith Tippett. Pianiste et compositeur anglais, il joue sur trois albums de King Crimson en tout début de seventies et crée un big band foldingue qui va compter jusqu'à une cinquantaine d'instrumentistes. Au programme? Un jazz free, irradié, outrancier, qui renvoie Kamasi Washington - collectionnant lui aussi les plus de dix minutes- à l'école des Bonnes Soeurs de la Charité Pop. Parce qu'au cours de cette musique totalement libertaire, frénétique, terrifiante de jouissance, on a bien cru entendre des Indiens psalmodiant leur Cheyenne blues alors que les cuivres faisaient leur grosse commission du matin. Genre.