Artère bourgeoise à cheval entre Uccle et Forest, la tranquille avenue des Sept Bonniers ne prépare en rien le visiteur à la découverte de ce lieu d'exposition portant le nom de Garage Cosmos. Comme l'intitulé le laisse présager, il s'agit bien d'un ancien garage, dissimulé derrière une façade somme toute assez anodine et transformé en espace d'exposition depuis 2012. On doit l'endroit à Éric Fabre, un collectionneur français installé en Belgique il y a plus de 20 ans. Avec son fils, Ferdinand, il assure la programmation de cet espace de taille moyenne. L'ambition initiale du propriétaire était de donner à voir sa collection. Au fil du temps, l'intention a évolué, désormais le ...

Artère bourgeoise à cheval entre Uccle et Forest, la tranquille avenue des Sept Bonniers ne prépare en rien le visiteur à la découverte de ce lieu d'exposition portant le nom de Garage Cosmos. Comme l'intitulé le laisse présager, il s'agit bien d'un ancien garage, dissimulé derrière une façade somme toute assez anodine et transformé en espace d'exposition depuis 2012. On doit l'endroit à Éric Fabre, un collectionneur français installé en Belgique il y a plus de 20 ans. Avec son fils, Ferdinand, il assure la programmation de cet espace de taille moyenne. L'ambition initiale du propriétaire était de donner à voir sa collection. Au fil du temps, l'intention a évolué, désormais le Garage Cosmos accueille des propositions d'artistes qui n'ont pas forcément un lien direct avec ledit patrimoine. C'est le cas pour Sculpture Surfing, dernier projet du sculpteur belge Johan Muyle faisant place à quatre motos dont l'une d'entre elles, NOW FUTURE (2016), a pu être contemplée lors de l'exposition Rebel Rebel au MAC's (d'octobre 2016 à janvier 2017). Lorsqu'on le découvre, l'agencement des pièces est en cours d'élaboration. " À ce stade, on ne sait pas encore si nous montrerons les dessins préparatoires", explique Ferdinand Fabre. Il reste que l'objet central du propos est déjà devant nos yeux ébahis: un quatuor de Harley-Davidson rutilantes alignées les unes à côté des autres. Un oeil non-averti, comme le nôtre, pense "ready-made" face aux modèles exposés, en l'occurrence un Chopper custom, un Bobber custom, un Heritage custom et un Fat Boy custom. Même si l'on n'est pas sensible à ce type de mécanique, on ne peut que s'extasier devant leur perfection formelle. De ready-made, il n'y a point. Sans connaître les modèles originaux, on s'en rend compte rapidement en prêtant un oeil attentif aux carénages immaculés, qu'ils soient mats ou chromés. Si l'apparence fonctionnelle des motos a été conservée, Muyle s'est amusé à opérer une fascinante déconstruction-reconstruction en modifiant les différents éléments constitutifs de l'identité Harley, voire en truffant les mécaniques des slogans qu'on lui connaît: " Memento Mori", " More opiate for the masses", " A world in which to have is to be". Dans un texte très pertinent, éric Fabre évoque à propos des oeuvres exposées la notion de " sculptures ethniques urbaines", allant même jusqu'à convoquer des figures tutélaires de l'art telles qu'Henri Gaudier-Brzeska, le fameux sculpteur libertaire, voire Raymond Duchamp-Villon, à qui l'on doit l'introduction du mouvement et de la machine dans les oeuvres tridimensionnelles. De notre côté, c'est la cohérence au manifeste esthétique de Muyle qui séduit. On se souvient qu'il nous avait évoqué celui-ci de la sorte: " J'évolue dans le monde des arts plastiques. À l'intérieur de celui-ci, j'ai opté pour la sculpture. Et pas n'importe quelle sculpture, celle d'assemblage. Une pratique qui consiste à aller au-devant d'objets et de forger un rapport métaphorique. C'est un choix très éclairant pour porter un regard sur l'humain, sujet auquel va toute mon attention." Pas mieux. Un dernier mot pour évoquer le côté performatif de l'exposition: lors du vernissage, Johan Muyle va enfumer l'espace en jouant avec l'accélérateur à la faveur de l'un de ces "burn-out" dont il a le secret.