Les esprits taquins y verraient, à force, une tradition locale: il ne se passe pratiquement pas une édition de la Mostra sans que l'attention ne soit détournée un temps des écrans, la faute, en général, aux nuages s'amoncelant dans le ciel vénitien. Edition anniversaire ou pas, rien n'y fait, et 2013 n'a pas dérogé à la règle, même si l'on y évoqua moins la litanie de tracas toujours répétés, que l'annonce du retrait de deux maîtres du cinéma contemporain, Hayao Miyazaki et Tsai Ming-Liang.
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Les esprits taquins y verraient, à force, une tradition locale: il ne se passe pratiquement pas une édition de la Mostra sans que l'attention ne soit détournée un temps des écrans, la faute, en général, aux nuages s'amoncelant dans le ciel vénitien. Edition anniversaire ou pas, rien n'y fait, et 2013 n'a pas dérogé à la règle, même si l'on y évoqua moins la litanie de tracas toujours répétés, que l'annonce du retrait de deux maîtres du cinéma contemporain, Hayao Miyazaki et Tsai Ming-Liang. Après Steven Soderbergh annonçant à Cannes que Behind the Candelabra serait son dernier film pour le cinéma -information à considérer avec prudence, toutefois, le réalisateur de Traffic s'étant fait une spécialité d'anticiper sa retraite avant de se raviser-, voilà qui commence à ressembler à une tendance lourde. S'agissant de Miyazaki, le maître japonais de l'animation, la nouvelle, dévoilée par le président des studios Ghibli, a fait l'effet d'une bombe, éclipsant jusqu'à son dernier film, Le vent se lève -une oeuvre parfaitement maîtrisée, mais mineure il est vrai, à l'aune des Princesse Mononoké et autre Voyage de Chihiro qui ont fait sa réputation. Mais voilà, à bientôt 73 ans (le 5 janvier prochain), Miyazaki estime, à bon droit, ne plus avoir l'énergie pour se lancer dans l'aventure d'un long métrage. Peut-être la crainte du film de trop est-elle également passée par là, lui dont le dernier opus soutient qu'un artiste est à son zénith créatif pendant dix ans; autant dire que l'auteur de Ponyo, dont les chefs-d'oeuvre initiaux remontent à la première moitié des années 80, a fait mieux que jouer les prolongations. Le cas de Tsai Ming-Liang est sensiblement différent. Et si la retraite programmée du réalisateur des inoubliables Vive l'amour, The River et autre Goodbye, Dragon Inn, a fait beaucoup moins de bruit, elle traduit pour sa part un désabusement certain. Signant, avec Stray Dogs, l'une des propositions les plus inspirées et les plus désespérées qu'il fut donné à voir lors de cette Mostra, le cinéaste taiwanais a exposé les raisons de sa lassitude profonde: "Les films dont l'on parle sont tournés vers le marché, mais ce n'est pas le propos des miens. Je ne sais pas non plus pour qui je les fais. Mais j'ai suffisamment vécu: tellement longtemps que je suis fatigué, et que je ne veux plus tourner de films. Peut-être toutes les choses que je voulais filmer l'ont-elles déjà été..." Eblouissant autant que tétanisant, son Stray Dogs était pourtant là pour nous assurer du contraire... J.F. PL.