On avait croisé Julie Larrouy et Simon Delneuville sur Friche, une régénérante exposition bruxelloise en marge du circuit arty habituel. La trame de ce projet qui se déroulait en avril 2017? Sept artistes -ayant en commun d'être passés par l'atelier dessin de La Cambre- avaient décidé de transformer un endroit désaffecté en un lieu de création libre, à la fois pluridisciplinaire et autogéré. Le tout pour une initiative plus que louable dans une capitale qui regorge de chancres. Il subsiste des traces de cet esprit frondeur et collaboratif dans Massif continental. Explications de Larrouy: " L'invitation est partie de François Winants, que j'ai rencontré en section dessin à...

On avait croisé Julie Larrouy et Simon Delneuville sur Friche, une régénérante exposition bruxelloise en marge du circuit arty habituel. La trame de ce projet qui se déroulait en avril 2017? Sept artistes -ayant en commun d'être passés par l'atelier dessin de La Cambre- avaient décidé de transformer un endroit désaffecté en un lieu de création libre, à la fois pluridisciplinaire et autogéré. Le tout pour une initiative plus que louable dans une capitale qui regorge de chancres. Il subsiste des traces de cet esprit frondeur et collaboratif dans Massif continental. Explications de Larrouy: " L'invitation est partie de François Winants, que j'ai rencontré en section dessin à La Cambre. Il nous a proposé d'investir en sa compagnie tout un pan inoccupé d'une vaste demeure familiale surmontée d'une tour. Occuper un lieu qui n'est pas destiné à accueillir une exposition ne pouvait que nous stimuler." L'excitation des premiers moments fait place à une vraie question: comment agencer des travaux radicalement différents? Comment articuler des pratiques étrangères les unes aux autres dans un espace dont ce n'est pas la finalité? Comment interagir? Au bout de discussions interminables surgit une thématique, celle de la nature perçue comme une entité verdoyante dans laquelle il est possible de coexister. À y regarder de près, ce n'est pas du fond de l'inconscient que déboule cet environnement mais d'un objet bien concret présent in situ, soit une tapisserie figurant une forêt dense, de celles où rôdent les loups, qui habille l'un des murs de la maison spadoise. La tapisserie en question ne s'est pas contentée de contenir en elle l'horizon de Massif continental, sa densité est aussi le point de départ d'une oeuvre grand format de Julie Larrouy. La jeune femme l'a patiemment décollée du mur et s'est servie de cette image détériorée pour composer un nouveau paysage. Exactement le genre de collage qui murmure cette leçon fondamentale: toute image possède en elle-même les possibilités d'une régénérescence. En une image se tiennent beaucoup d'autres images, pour le dire plus clairement. Julie Larrouy entend perpétuer ce principe de collage-décollage au fil des déplacements futurs de l'oeuvre, que l'on qualifiera donc de jamais figée. L'idée semble un parfait antidote au fétichisme qui colle à la peau de l'art contemporain. À côté de ce travail de construction-déconstruction, François Winants propose quant à lui des photographies abstraites directement opérées à partir d'un papier photosensible. Le plasticien perpétue là son goût pour le relevé, la trace, le paysage qui s'imprime sans en passer par la représentation consciente. Au centre des oeuvres présentées par Églantine Chaumont, on trouve cet émouvant refuge de l'enfance: la cabane. La scénographe s'évertue à en restituer les contours non pas objectifs mais puisés aux sources de sa seule mémoire. Cette " recomposition par discrimination" débouche sur d'intéressantes variations d'échelle. Enfin, dernier mousquetaire, Simon Delneuville revisite une tradition populaire, celle des " jolitésde Spa", ces ancêtres du souvenir pour touristes dont la face peinte -sources, parcs, paysages pittoresques, vedute ou fêtes galantes- dit beaucoup de l'époque qui les porte. Que dit la nôtre? On le découvrira dès le 3 mars...