Depuis quasiment dix ans et la sortie de Hawk, son troisième album avec Mark Lanegan, on n'avait plus aucune nouvelle de la douce Isobel Campbell. L'Écossaise née à Glasgow au milieu des années 70 s'était évaporée. Pas une décision délibérée ou un nouveau choix de vie. Juste les conséquences, les dommages collatéraux d'une fermeture de label et de batailles juridiques. Au début de la décennie écoulée, l'ancienne chanteuse et violoncelliste de Belle and Sebastian déménage à Los Angeles et épouse l'ingénieur du son Chris Szczech. Elle commence à plancher su...

Depuis quasiment dix ans et la sortie de Hawk, son troisième album avec Mark Lanegan, on n'avait plus aucune nouvelle de la douce Isobel Campbell. L'Écossaise née à Glasgow au milieu des années 70 s'était évaporée. Pas une décision délibérée ou un nouveau choix de vie. Juste les conséquences, les dommages collatéraux d'une fermeture de label et de batailles juridiques. Au début de la décennie écoulée, l'ancienne chanteuse et violoncelliste de Belle and Sebastian déménage à Los Angeles et épouse l'ingénieur du son Chris Szczech. Elle commence à plancher sur un nouvel album solo, le dernier remontant tout de même à 2006, puis signe un contrat en 2014. Nouveau départ. La belle bourlingue à travers les États-Unis avec son époux, leurs deux chiens et un studio portatif. Ils coulent des jours heureux, enregistrent çà et là dans un bureau d'assurances de Syracuse, un chalet des Catskills ou plus conventionnellement, de retour en Californie, au Mant Studio de Rob Schnapf (Elliott Smith, Kurt Vile, Cass McCombs...). C'est alors que les ennuis commencent, que sa maison de disques décide de glisser la clé sous le paillasson. Un chemin de croix. Campbell met un an pour récupérer les droits. Une autre année pour signer avec le label britannique Cooking Vinyl. Puis enfin douze mois pour régler les derniers détails (juridiques notamment) de sa sortie et organiser l'agenda. Si l'Écossaise dit s'être sentie comme en pension ou en prison, l'heure est aujourd'hui à la délivrance. Il faut bien avouer que perdre cette petite pépite de disque dans les tourments administratifs d'une industrie malade et les méandres d'un monde qui marche sur la tête eut été une grosse bêtise doublée d'une cruelle injustice. There Is No Other est un disque aérien, un album qui flotte. Dans des chansons folk boisées à la somptueuse fragilité ( City of Angels, Vultures) comme dans des pop songs un peu plus enlevées qui pourraient presque faire danser ( Ant Life et la surprenante réinvention d'une chanson du défunt Tom Petty: Runnin' Down a Dream). Rainbow a des airs de bossa-nova. Les petits bonbons Just for Today et See Your Face Again s'offrent tout en délicatesse des allures de mantras. On pense à Vashti Bunyan, à Nick Drake, à Caetano Veloso... Fabriqué avec l'aide de quelques amis, Jim McCulloch des Soup Dragons, le claviériste de Teenage Fanclub Dave McGowan, Elijah Thomson (Father John Misty) et la multi-instrumentiste Nina Violet (Willy Mason, Evan Dando, Larkin Grimm) qui assurera sa première partie à Bruxelles, There Is No Other... est un de ces remèdes à la dureté de nos sociétés, un de ces albums qui viennent vous susurrer des choses à l'oreille. Splendide et réconfortant.