Nouvelle venue dans le paysage de l'édition, la collection "La Fabrique des héros", que dirigent Dick Tomasovic et Tanguy Habrand, se propose d'explorer, au travers de ses personnages emblématiques, le grand répertoire de la culture populaire, dans une perspective embrassant littérature, cinéma, bande dessinée, télévision, théâtre ou autre jeu vidéo. L'idée sous-tendant l'entreprise étant moins de retracer la vie d'un personnage par le menu que de célébrer la rencontre entre un auteur et un héros ou une héroïne, le temps de précieux volumes où l'érudition le dispute au plaisir.
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Nouvelle venue dans le paysage de l'édition, la collection "La Fabrique des héros", que dirigent Dick Tomasovic et Tanguy Habrand, se propose d'explorer, au travers de ses personnages emblématiques, le grand répertoire de la culture populaire, dans une perspective embrassant littérature, cinéma, bande dessinée, télévision, théâtre ou autre jeu vidéo. L'idée sous-tendant l'entreprise étant moins de retracer la vie d'un personnage par le menu que de célébrer la rencontre entre un auteur et un héros ou une héroïne, le temps de précieux volumes où l'érudition le dispute au plaisir. Il revient à Nosferatu/Dracula, et à Jack Sparrow, d'ouvrir ce qui s'annonce comme une encyclopédie de l'imaginaire (avec encore la parution prochaine d'essais consacrés à Astroboy, Hermione Granger ou Batman notamment), le premier sous la plume de l'écrivain et cinéaste Olivier Smolders, auteur de Mort à Vignole et Nuit noire, le second sous celle du philosophe Laurent de Sutter, agitateur de la pop philosophie bien connu des lecteurs de Focus. Titré Nosferatu contre Dracula, l'ouvrage de Smolders ne se contente pas d'opposer les deux figures (réaffirmant au passage la primauté de l'un sur les autres - "un seul Nosferatu, figure d'autant plus parfaite qu'elle est isolée, à l'avant-poste d'une litanie de Draculas, tous plus ou moins déclassés au fil du temps"-, et celle de Murnau sur les faiseurs à suivre). Il établit aussi la généalogie du mythe, avant d'en étudier l'évolution à travers ses différentes incarnations, littéraires (chez Bram Stoker et d'autres) et cinématographiques (pour Murnau ou Dreyer, et dans les cycles Universal puis Hammer) en particulier. Pour conclure, dans un trait acéré, à un personnage vidé de sa substance, à force ( "En répétant à l'infini les stéréotypes forgés par simplification à partir de l'oeuvre de Stoker, lui-même étant déjà une manière de simplification des histoires originelles, on aura infligé à Dracula une surexposition mortelle"), mais ne hantant pas moins nos imaginaires pour autant... Laurent de Sutter confesse pour sa part avoir commencé par snober la franchise Piratesofthe Caribbean, pour mieux y succomber, trouvant là "une sorte de cocktail de tout ce dont le cinéma est capable lorsqu'il se souvient qu'il n'est un art que lorsqu'il échoue à être quelque chose de plus intéressant". Établissant que l'arme préférée de Jack Sparrow -le pire et le meilleur des pirates- n'est autre que la parole, Manifeste pour une linguistique pirate se propose dans la foulée d'en définir les ressorts. Et l'auteur de convoquer Barthes, Derrida ou encore le paradoxe du menteur, d'Eubulide, pour proposer une lecture tour à tour érudite ou ludique de la geste de Sparrow et de sa tchatche, envisagée comme moyen de se soustraire à toute autorité. Passionnant et vertigineux...