ARTY PARTY

Capitale économique mais aussi culturelle, New York multiplie forcément les opportunités. Tout groupe qui se respecte se doit donc de frayer avec d'autres disciplines. Le Velvet lui-même n'était-il pas en partie une créature, sinon mise sur pied, en tout cas largement soutenue par Andy Warhol? Avec The Sounds of the Sounds of Science, Yo La Tengo a enregistré par exemple la B.O. d'un documentaire surréaliste sous-marin du réalisateur Jean Painlevé (...). De tous les groupes indie rock new-yorkais, Sonic Youth est sans doute celui à qui la posture arty convenait le mieux: le guitariste Lee Ranaldo par exemple, marié à l'artiste expérimentale Leah Singer, a sorti plusieurs recueils de poèmes, tandis que Kim Gordon expose régulièrement ses dessins et peintures.
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Capitale économique mais aussi culturelle, New York multiplie forcément les opportunités. Tout groupe qui se respecte se doit donc de frayer avec d'autres disciplines. Le Velvet lui-même n'était-il pas en partie une créature, sinon mise sur pied, en tout cas largement soutenue par Andy Warhol? Avec The Sounds of the Sounds of Science, Yo La Tengo a enregistré par exemple la B.O. d'un documentaire surréaliste sous-marin du réalisateur Jean Painlevé (...). De tous les groupes indie rock new-yorkais, Sonic Youth est sans doute celui à qui la posture arty convenait le mieux: le guitariste Lee Ranaldo par exemple, marié à l'artiste expérimentale Leah Singer, a sorti plusieurs recueils de poèmes, tandis que Kim Gordon expose régulièrement ses dessins et peintures. Kim Gordon (Sonic Youth), Georgia Hubley (Yo La Tengo), Maureen Tucker et Nico (Velvet Underground), Tina Weymouth (Talking Heads), Debbie Harry (Blondie), Brenda Sauter (Feelies), Amber Coffman (Dirty Projectors)... Dans un milieu rock "testosteroné", le nombre de filles présentes dans les groupes new-yorkais a toujours été important. La mixité est presque la règle. Loin de faire de la figuration, à mille lieues des poses sexy, les filles prennent même souvent en charge des postes habituellement réservés au personnel masculin: bassiste, batteuse... La mixité, c'est aussi un bon truc pour ramener sa copine: dans l'indie rock made in NY, le mythe "Yoko-onesque" de la petite amie briseuse de groupe ne tient plus. Voir les couples Moore-Gordon (17 ans de mariage au sein de Sonic Youth), Hubley-Kaplan (Yo La Tengo), Weymouth-Frantz (Talking Heads).... Décrire l'indie rock, c'est un peu comme expliquer le statut des communes à facilités à un non-Belge: pas impossible, mais compliqué. Hormis quelques dominantes (les guitares), le terme ne recouvre pas vraiment un style musical bien précis. Il n'est pas non plus automatiquement lié à des structures indépendantes: c'est l'exemple Sonic Youth, qui signe sur la major Geffen dans les années 90. L'indie rock serait donc d'abord une attitude, faite d'exigence artistique et de l'absence de compromis. Evidemment, cela ne fait pas toujours vendre -demandez aux Feelies ou à Grizzly Bear. L'album initial du Velvet Underground, le premier des groupes "indie rock new-yorkais", avait lui-même fait un four. "Mais tous ceux qui l'ont acheté à l'époque ont démarré un groupe", pour reprendre la fameuse phrase de Brian Eno. Dans la ville la plus "liberal" des Etats-Unis, le groupe indie est souvent une démocratie participative. Un vrai gang où chacun a son mot à dire. Du coup, histoire de ne pas trop brimer les ego, les uns et les autres ont tendance à multiplier les projets parallèles. Démarré par le couple Weymouth-Frantz comme un side-project de Talking Heads, le Tom Tom Club a pondu des hits comme Wordy Rappinghood ou Genius of Love. Dump est le projet lo-fi de James McNew de Yo La Tengo, tandis que Condo Fucks est l'alias que s'est choisi le groupe pour sortir l'énervé Fuckbook en 2009. Au sein de Grizzly Bear, le plus en vue des groupes issus de Brooklyn, c'est carrément la fourmilière: Department of Eagles, CANT, les productions de Chris Taylor... Certains mouvements musicaux sont indissociables d'une imagerie forte -du mouvement glam au courant gothique en passant par les crêtes punk. A New York, par contre, on a souvent aimé jouer le contrepied. Dans la ville de toutes les extravagances, où chacun est libre de se promener dans la rue dans la tenue qu'il veut, le jeans t-shirt est presque une provocation. Le Velvet n'a jamais porté grand-chose d'autres que du noir (lunettes comprises), tandis que la simplicité t-shirt/fut troué de Sonic Youth préfigurait le vestiaire grunge. Il n'est pas interdit d'y voir également l'illustration d'un certain "jansénisme" indie. Le no-look, c'est d'abord le refus de tout gadget qui dévierait de l'essentiel: la musique, censée être aussi authentique (real) que ceux qui la font... L.H.