Pour certains, le confinement a pu être plus difficile à vivre que pour d'autres. L'isolement surtout. Comment quelqu'un comme Nubya Garcia, par exemple, a-t-elle traversé cette période "d'enfermement", elle qui ne jure que par la collaboration et l'esprit d'équipe? Cette mentalité, c'est aussi celle de la scène jazz londonienne actuelle. On ne doit plus rappeler son ébullition permanente, de Shabaka Hutchings à Theon Cross en passant par Moses Boyd. Il y a deux ans, la compilation We Out Here avait réussi à parfaitement résumer cette effervescence. Parmi les agitateurs, Nubya Garcia se retrouvait créditée sur ...

Pour certains, le confinement a pu être plus difficile à vivre que pour d'autres. L'isolement surtout. Comment quelqu'un comme Nubya Garcia, par exemple, a-t-elle traversé cette période "d'enfermement", elle qui ne jure que par la collaboration et l'esprit d'équipe? Cette mentalité, c'est aussi celle de la scène jazz londonienne actuelle. On ne doit plus rappeler son ébullition permanente, de Shabaka Hutchings à Theon Cross en passant par Moses Boyd. Il y a deux ans, la compilation We Out Here avait réussi à parfaitement résumer cette effervescence. Parmi les agitateurs, Nubya Garcia se retrouvait créditée sur pas moins de cinq morceaux (sur neuf). Par la suite, on a vu la saxophoniste papillonner notamment sur les disques de ses camarades Joe Armon-Jones, du Ezra Collective, ou de l'Américain Makaya McCraven, quand elle n'apportait pas sa contribution à la soul avant-gardiste de Moses Sumney. L'an dernier, elle sortait encore un premier album avec Nérija, collectif jazz quasi intégralement féminin. Elle enchaîne aujourd'hui avec Source, premier disque sous son nom, qui réussit à sonner personnel tout en célébrant le collectif. Née il y a 28 ans, la saxophoniste a des origines maternelles guyanaises et trinidadiennes par son père. Elle a grandi du côté de Camden Town, où les musiques n'ont jamais cessé de se croiser. En cela, si de par son titre Source évoque une quête d'identité, celle-ci n'est jamais synonyme de repli. C'est ce qui frappe d'abord dans la musique de Garcia: sa façon de jongler avec différents genres -reggae, hip-hop, soul, cumbia, électronique...-, tout en ne quittant jamais vraiment la matrice jazz. Sur Source, elle offre ainsi une certaine cartographie sonore de Londres, dans tout ce qu'elle peut avoir de cosmopolite et métissé. En ouverture, le post-bop de Pace -avec Daniel Casimir à la basse, Sam Jones à la batterie et Joe Armon-Jones au piano- calque son tempo sur celui d'une ville en perpétuel mouvement. Par contraste , Together Is a Beautiful Place to Be est une magnifique méditation jazz, et un manifeste-programme en soi -leader généreuse et humble, Garcia y laisse notamment la place pour un sublime solo de Casimir. Plus loin, tout en percussion, La Cumbia Me Está Llamando est une collaboration avec le trio colombien La Perla, enregistrée à Bogota. Le morceau-titre reste toutefois celui qui illustre le mieux le programme, Garcia faisant mijoter son jazz pendant une bonne douzaine de minutes dans un bouillon reggae-dub juteux. Dernière précision: Source a été coproduit par Kwes, dont on connaît le travail aux côtés notamment de Damon Albarn, Solange, ou encore Bobby Womack. Une indication supplémentaire de la volonté de Nubya Garcia non pas de fusionner passé et modernité, mais bien de montrer qu'ils sont les deux faces d'une même pièce. "Source tourne autour de l'idée d'identité et d'Histoire, de connections et de collectivisme, et du besoin de s'enraciner pour pouvoir s'ouvrir aux autres", expliquait récemment la jeune femme au magazine NME. Message reçu 5 sur 5.