Quelles "drôles" de journées que celles enchaînées ces dernières semaines. La vie n'est plus la même, c'est certain. Pour la majorité, cependant, le bouleversement est probablement moins spectaculaire qu'il n'est marqué par les nouvelles routines infraordinaires, prises quand tous les jours de la semaine commencent à se ressembler. Une " guerre", clamait l'autre. Certes, mais depuis son salon... La menace -sanitaire, sociale, économique- est pourtant bien là, insidieuse, sournoise. Totalitaire, elle est devenue le filtre par lequel la réalité est analysée. En ce compris la musique que l'on é...

Quelles "drôles" de journées que celles enchaînées ces dernières semaines. La vie n'est plus la même, c'est certain. Pour la majorité, cependant, le bouleversement est probablement moins spectaculaire qu'il n'est marqué par les nouvelles routines infraordinaires, prises quand tous les jours de la semaine commencent à se ressembler. Une " guerre", clamait l'autre. Certes, mais depuis son salon... La menace -sanitaire, sociale, économique- est pourtant bien là, insidieuse, sournoise. Totalitaire, elle est devenue le filtre par lequel la réalité est analysée. En ce compris la musique que l'on écoute et, donc, les lignes que vous êtes en train de lire. Le nouveau disque de Waxahatchee n'est pas un album du chaos. C'est l'album de l'après. Il y a trois ans, Katie Crutchfield, de son vrai nom, sortait Out in the Storm. Son successeur, Saint Cloud, voit la tempête en question s'éloigner. Il est encore un peu groggy, les yeux gonflés. Mais devine déjà de nouvelles perspectives à tracer. Et c'est sans doute pour cela qu'il fait autant de bien. Saint Cloud est d'abord un retour aux sources musicales familiales pour la musicienne. Après les débuts punk féministe au sein de P.S. Eliot -le groupe lancé avec sa soeur jumelle Allison-, Katie Crutchfield a sorti un premier essai lo-fi en 2012 ( American Weekend) avant de virer plus clairement indie-rock. Avec Saint Cloud, la désormais trentenaire change de cap, et déploie de nouvelles obsessions americana, quasi country. La musique qu'elle a entendue durant toute son enfance, du côté de Birmingham, dans l'Alabama.Cette couleur musicale correspond à une nouvelle sobriété. Autant dans la production (Brad Cook) -classique, entièrement au service des chansons- que dans la vie que mène désormais la musicienne. Débarrassée d'une addiction à l'alcool développée au fil des tournées, Katie Crutchfield y voit plus clair. Les tourments n'ont évidemment pas disparu d'un coup ( "I'm in war with myself", sur War). Mais le paysage semble plus ouvert, où le courant rock a été dévié vers un songwriting plus serein et "durable". à Rolling Stone, Crutchfield explique avoir été obsédée par ces chanteuses country et figures féminines fortes que sont Lucinda Williams, Linda Ronstadt ou Emmylou Harris. Elle ne peut en effet le cacher sur des titres comme Witches ou Lilacs. Il y a également du Dylan dans la manière de s'appuyer sur les archétypes musicaux américains pour dépeindre en quelques mots un décor et un sentiment bien précis. "I lose my grip, I drive out far/Past fireworks at the old trailer park/And folding chairs, American flags/Selling tomatoes at five bucks a bag", décrit-elle par exemple dans Arkadelphia, à la manière d'une nouvelle de Russell Banks. Sur The Eye, elle chante encore: "I leave my home, desolate but not alone/I have a gift, I've been told, for seeing what's there". Quel est ce cadeau? On y repensera quand l'horizon, à nouveau, se dégagera...