Et si nous avions tout faux? Depuis plusieurs décennies, c'est la même antienne qui résonne de partout: en tirant la bonde sur l'eau du bain du progrès, c'est le bébé de l'imagination du futur que nous avons évacué. Des grandes visions idylliques qui avaient traversé les plans d'avenir cha...

Et si nous avions tout faux? Depuis plusieurs décennies, c'est la même antienne qui résonne de partout: en tirant la bonde sur l'eau du bain du progrès, c'est le bébé de l'imagination du futur que nous avons évacué. Des grandes visions idylliques qui avaient traversé les plans d'avenir charriés par les idéologues des Trente Glorieuses ne nous restent plus que les ruines: celles des images post-apocalyptiques de l'effondrement, et celles, dont le côté high-tech dissimule mal le caractère publicitaire, du transhumanisme façon Silicon Valley. Entre les deux, le vide. Pourtant, soutient Ariel Kyrou dans ce nouvel essai où il renoue avec la passion pour la science-fiction qui en a fait un des grands connaisseurs de l'oeuvre de Philip K. Dick, ce sentiment n'est que la conséquence de notre myopie. Car si nous y regardions de plus près, nous nous rendrions compte que les écrivains, les cinéastes, les bédéastes, les artistes n'ont en réalité pas cessé de concevoir des visions inédites, toujours plus surprenantes, de lendemains possibles. Se promenant avec grâce et érudition dans un corpus d'oeuvres monumental, sautant d'un média à l'autre, il dessine la carte des idées pour ce qu'il appelle " Gaïa 4.0" -la carte des récits d'une écologie du futur au-delà de l'alternative entre utopie et dystopie. Elle est fourmillante, enthousiasmante, excitée. Et c'est Alain Damasio qui signe la "volte-face".