Parmi les artistes nés du graffiti, peu parviennent à s'extraire des ornières d'un genre qui peine parfois à se défaire de cette bonne vieille mythologie romantique de la bombe et du mur. Rien de grave en soi mais cette discipline n'est jamais aussi intéressante que quand elle conquiert de nouveaux territoires. Parmi les signatures capables de se "dé et re-territorialiser", les amateurs savent qu'il faut compter avec Jules Dedet Granel (Paris, 1978), alias L'Atlas, artiste qui a forgé un langage formel propre -la critique Sabella Augusto parle d'une "typographie originale"- inspiré par les différentes calligraphies du monde q...

Parmi les artistes nés du graffiti, peu parviennent à s'extraire des ornières d'un genre qui peine parfois à se défaire de cette bonne vieille mythologie romantique de la bombe et du mur. Rien de grave en soi mais cette discipline n'est jamais aussi intéressante que quand elle conquiert de nouveaux territoires. Parmi les signatures capables de se "dé et re-territorialiser", les amateurs savent qu'il faut compter avec Jules Dedet Granel (Paris, 1978), alias L'Atlas, artiste qui a forgé un langage formel propre -la critique Sabella Augusto parle d'une "typographie originale"- inspiré par les différentes calligraphies du monde qu'il a pris le temps d'apprivoiser. À mi-chemin entre la forme et la lettre, le signe et la géométrie, l'oeuvre de L'Atlas fascine par sa capacité à affronter de nouveaux supports. Au départ, l'artiste faisait feu de tout bois, taguant comme tant d'autres sur toutes les surfaces que pouvait lui offrir la ville. Au fil du temps, son travail va s'enrichir tout en gardant, et c'est remarquable, une série de fondamentaux urbains qui en font le prix. Parmi ceux-ci, on pointe l'usage intensif qu'il fait, aujourd'hui encore, de son nom, dont il est parvenu à faire un sceau visuel archétypal. L'Atlas a également beaucoup utilisé le "gaffer" -un "tape" de couleur blanche qui est utilisé sur les plateaux de cinéma- et ne s'est pas privé d'extraire le potentiel d'une source lumineuse comme le néon. Régulièrement, l'homme se confronte également à la performance, un champ des possibles qui n'a pas son pareil pour revitaliser cette discipline dont le terme "street art" échoue à rendre compte. Performance, il y a eu. On le devine en poussant la porte de la galerie. Au sol subsiste une masse et les traces figées d'une pierre volée en éclat. L'Atlas aurait-il brisé l'une de ses oeuvres de la même façon que Pete Townshend s'en prenait à ses guitares? Pas exactement. Le plasticien a fait appel au danseur et chorégraphe Lorenzo De Angelis pour qu'il signe une intervention. Pour l'avoir vue en vidéo, celle-ci impressionne: torse nu, recouvert de paillettes et d'un liquide qui rappelle le sang, l'intéressé effleure le public au moyen d'un imposant marteau... avant de se faire Atlas portant une plaque de marbre sur le dos. Laquelle plaque est ensuite projetée sur le sol. Une chute inéluctable et fracassante qui place la question de l'illusoire pérennité au coeur de l'exposition. C'est à la suite d'un séjour en Grèce, sur l'île de Tinos, que L'Atlas a eu la révélation du marbre. On le sait, ce sont les Cyclades qui ont "inventé" le marbre et lui ont en quelque sorte donné ses lettres de noblesse. En présentant une petite dizaine d'oeuvres sculptées par Pétros Delotis, un artisan local, l'artiste urbain français promet ses "cryptogrammes" -le mot est également de Sabella Augusto- à un autre destin mais aussi à une vraie reconnaissance. Immaculées et sereines, ces pièces appellent à la contemplation. Elles sont accompagnées de toiles "estampées" et d'une puissante variation sur le métal rouillé.