De prime abord, Cha Cha Palace ressemble à s'y méprendre à un premier album. Il en a toutes les qualités: la spontanéité, l'audace, l'énergie débordante et l'exubérance. Et pourtant. Il y a quatre ans, Angelica Garcia sortait déjà un disque, Medicine for Birds, sur la major Warner. Il faudra cependant qu'elle déménage de Los Angeles pour Richmond, de l'autre côté du pays, en Virginie, pour lâcher complètement la bride. Sur place, elle trouvera en effet l'espace et le soutien -le collectif/label Spacebomb- pour lui permettre d'être totalement elle-même. Et le moins que l'on puisse écrire, c'est que le r...

De prime abord, Cha Cha Palace ressemble à s'y méprendre à un premier album. Il en a toutes les qualités: la spontanéité, l'audace, l'énergie débordante et l'exubérance. Et pourtant. Il y a quatre ans, Angelica Garcia sortait déjà un disque, Medicine for Birds, sur la major Warner. Il faudra cependant qu'elle déménage de Los Angeles pour Richmond, de l'autre côté du pays, en Virginie, pour lâcher complètement la bride. Sur place, elle trouvera en effet l'espace et le soutien -le collectif/label Spacebomb- pour lui permettre d'être totalement elle-même. Et le moins que l'on puisse écrire, c'est que le résultat est détonant. D'abord et avant tout, Cha Cha Palace est un album gourmand. Il l'est musicalement: évoquant l'intrépidité d'une Kate Bush ( Agua de Rosa) ou le côté frondeur de MIA ( Guadalupe), Angelica Garcia, 26 ans, mélange énergie post-punk et rythmes mariachi, vista pop et effets électroniques vintage, claviers new wave ( Valentina in the Moonlight) et jongleries a capella ( The Big Machine), le tout avec un appétit féroce et une absence de complexe particulièrement rafraîchissante. Mais si Cha Cha Palace met autant l'eau à la bouche, c'est aussi simplement parce que la bouffe y est littéralement partout. À commencer par Jícama, qui tire son nom de la "patate mexicaine" prisée des foodistas. Fin 2019, l'ancien président Obama glissait le morceau en question dans sa playlist de l'année. De quoi donner un joli coup de pouce à une artiste, qui ne se contente évidemment pas de vanter les qualités du tubercule ou de la cuisine tex-mex en général. Chez Angelica Garcia, la nourriture sert en effet avant tout à affirmer son identité plurielle, coincée entre son éducation américaine et ses racines familiales, dispersées entre le Mexique et le Salvador. " I want the cooking that my grandmother made", chante-t-elle par exemple sur It Don't Hinder Me. Ailleurs, il est encore question de pan dulce (les pâtisseries), de tortillas ou, n'ayant besoin que de quelques mots pour planter le décor, de mangues pelées au milieu de la nuit (" Mango peeling in the kitchen at night/Dogs on the street corner start having a fight" ). Chez Angelica Garcia, la revendication de ses origines est ainsi le plus souvent joyeuse et pétaradante - "I've been trying to tell you but you just don't see/Like you I was born in this country" sur Jícama toujours. Surtout, à l'image de l'autre single Guadalupe, référence à la principale figure mariale de l'Amérique latine, jamais on ne s'ennuie dans ce Cha Cha Palace foisonnant. On a pas mal parlé ces dernières années du boum des musiques latino. Le plus souvent, en désignant les grosses productions pop rutilantes qui investissaient les hit-parades -voir la récente prestation de Jennifer Lopez et Shakira lors de la mi-temps du Superbowl. Avec des artistes comme Xenia Rubinos ou désormais Angelica Garcia, force est de constater que cette vague peut prendre aussi des reflets plus personnels, éclectiques et électriques.