C'est l'une de ces oeuvres qui vous attrape par le collet pour ne plus vous lâcher. On la doit à Pierre Larauza, plasticien français né en 1976. La pièce est limpide, directe, frontale. Elle est articulée en deux mouvements. Le premier, le plus évident, donne à voir une sculpture en plâtre. Suspendues au plafond, deux armes de poing dessinent un ballet aérien. L'une est blanche, l'autre est noire, suivant une partition du monde bien connue. L'installation en question s'apparente à une sorte de "slowmotion" qui reconstitue une fatale trajectoire balistique. Accroché plus haut, indice d'une dominance, le revolver clair a fait feu. Sa cible? Le noir... forcément, dont la disposition dit déjà la chute. L'aut...

C'est l'une de ces oeuvres qui vous attrape par le collet pour ne plus vous lâcher. On la doit à Pierre Larauza, plasticien français né en 1976. La pièce est limpide, directe, frontale. Elle est articulée en deux mouvements. Le premier, le plus évident, donne à voir une sculpture en plâtre. Suspendues au plafond, deux armes de poing dessinent un ballet aérien. L'une est blanche, l'autre est noire, suivant une partition du monde bien connue. L'installation en question s'apparente à une sorte de "slowmotion" qui reconstitue une fatale trajectoire balistique. Accroché plus haut, indice d'une dominance, le revolver clair a fait feu. Sa cible? Le noir... forcément, dont la disposition dit déjà la chute. L'autre pan du dispositif consiste en un enregistrement sonore que l'on écoute à l'aide d'un casque. Il s'agit d'une conversation entre un quidam et un centre d'urgence. La scène renvoie directement à un fait divers qui s'est déroulé le 22 novembre 2014 à Cleveland. Dans un parc, un garçon de douze ans s'amuse à pointer un flingue factice sur des passants. Mauvaise idée, même dans l'Amérique d'Obama. Un témoin appelle le 911 pour signaler le petit manège qui dérange son sens de l'ordre. Sur fond d'interférences sonores, le dialogue restitué fait froid dans le dos pour deux raisons. D'abord parce que le plaignant fait bien mention du caractère factice -" it's probably fake"- du pistolet tourné vers les personnes présentes dans le lieu public. Ensuite parce qu'une question revient trois fois dans l'échange assez bref, presque insignifiant, entre le témoin de la scène et l'opératrice du call center. Cette question est: " Is he black or white?" À la manière de coups théâtraux frappés à la porte du destin, la triple question entraîne une seule réponse qui fera tomber le rideau sur une existence. Celle de Tamir Rice, décédé sous les balles de l'officier Timothy Loehman, 26 ans. Larauza signe là une oeuvre en forme de flèche qui atteint son but: elle donne envie de déterrer les pavés. Inscrite dans la programmation de l'année thématique de la Ville de Bruxelles "2018. Année de la Contestation", l'exposition REVLT! n'électrise pas avec la même intensité durant tout le parcours. Certaines oeuvres sont plus convenues, enfonçant des portes ouvertes. La faute en incombe sans doute à une thématique qui supporte mal l'événementialisation -à ce titre, ne pas rater la proposition de Laurent d'Ursel, qui synthétise avec brio la problématique. Il reste que l'on recommande chaudement le détour en raison de la consistance de certains propos. Parmi ceux-là, on pointe Without Protest de Robin Pourbaix, performance-vidéo montrant l'intéressé en situation d'opposition dans des contextes touristiques où la dimension politique est a priori évacuée. Le tout pour un contraste d'une grande drôlerie. Il y a aussi Nadège Sicard et ses plans de métro modifiés. En ne laissant que les noms des personnages féminins, l'artiste souligne l'emprise de la représentation patriarcale. Du côté des oeuvres qui tirent leur force d'opposition de leur forme même, il faut compter avec un très beau projet de fresque murale signé Pierre Coubeau aka FSTN ainsi que les compositions, dont on ne se lassera jamais, d'Elzo Durt. Enfin, last but not least, on s'arrêtera un bon moment devant le travail de Stéphane Roy, qui dit la brutalité et l'absurdité d'un monde laissé entre les mains des directeurs des ressources humaines.