De son grand-père Eugène, né à Ancelle (comme un présage) dans les Hautes-Alpes en 1887 et mort au début des années 30, Jean-Michel Espitallier ne sait rien à part qu'il fut cow-boy en Californie. Comme si en étant parti là-bas tout jeune homme, puis revenu...

De son grand-père Eugène, né à Ancelle (comme un présage) dans les Hautes-Alpes en 1887 et mort au début des années 30, Jean-Michel Espitallier ne sait rien à part qu'il fut cow-boy en Californie. Comme si en étant parti là-bas tout jeune homme, puis revenu pour prendre la température, et resté par amour pour Marie-Rose, l'"Américain" était demeuré dans des limbes, enfoui dans la soupente de la mythologie familiale. L'auteur doit donc jouer d'hypothèses impressionnistes pour nous conter l'arrivée à Ellis Island, dans ce pays " corps en expansion qui semble sans fin", puis cette vie de grand air sans contraintes, où la chasse au coyote est déjà un événement en soi. Mais entre les trouées intimes (dont une fin, en tangente, bouleversante), c'est en poète qu'Espitallier élargit le champ et nous égrène les " balluchons de mots" versés par tous les immigrants sur le sol américain, dessinant une toponymie hybride, d'Oslo (Minnesota) à Tripoli (Iowa) ou Belgium (Wisconsin). C'est en homme conscient qu'il déroule, à toute vapeur, le chapitre Pendant Eugène, entre lynchages, répressions des grèves et résistance du blues. Cet album de famille, hybride et à énigmes, se dote alors aussi d'une puissance de tir incroyable.