Il serait facile d'ironiser sur le choix de Magritte (pour les prix) et de Delvaux (pour l'Académie qui les décerne), 2 peintres majeurs pour voler au secours d'un cinéma que le public belge francophone ne peut pas voir en peinture... Mais le manque, voire l'absence d'intérêt des spectateurs pour les films de leur propre communauté, même les meilleurs et les plus remarqués... à l'étranger, a été trop regretté et stigmatisé pour qu'une tentative de faire briller notre production soit considérée comme simplement anecdotique. Le cinéma belge francophone est en quête de visibilité. La création de prix et l'organisation d'une cérémonie à l'exemple des César ne manquent pas, dans ce contexte démoralisant, de susciter l'intérêt. Pour peu que la fête soit réussie -BeTV, qui retransmet l'événemen...

Il serait facile d'ironiser sur le choix de Magritte (pour les prix) et de Delvaux (pour l'Académie qui les décerne), 2 peintres majeurs pour voler au secours d'un cinéma que le public belge francophone ne peut pas voir en peinture... Mais le manque, voire l'absence d'intérêt des spectateurs pour les films de leur propre communauté, même les meilleurs et les plus remarqués... à l'étranger, a été trop regretté et stigmatisé pour qu'une tentative de faire briller notre production soit considérée comme simplement anecdotique. Le cinéma belge francophone est en quête de visibilité. La création de prix et l'organisation d'une cérémonie à l'exemple des César ne manquent pas, dans ce contexte démoralisant, de susciter l'intérêt. Pour peu que la fête soit réussie -BeTV, qui retransmet l'événement en direct et en clair promet de soigner l'emballage-, pour peu qu'on ne s'y ennuie pas comme trop souvent chez nos voisins français -le choix de la piquante Helena Noguerra comme maîtresse de cérémonie, avec la complicité pour les textes du tandem Thomas Gunzig-Stéphane Custers, est plutôt de bon augure-, cela ne pourra que faire du bien à une cinématographie mal aimée dans sa propre zone d'influence. La Communauté française de Belgique et la profession, à travers quelques-uns de ses membres les plus actifs, ont donc pris l'initiative d'inaugurer les Magritte. Pour cette première édition, les films produits entre le 1er janvier 2009 et le 30 septembre 2010 ont été pris en considération. Ce sera, par la suite, sur une simple base annuelle que seront attribuées les récompenses, sous la forme d'une statuette assez réussie et logiquement surréalisante du designer Xavier Lust, inspirée d'une affiche intitulée Moments inoubliables de cinéma que Magritte exécuta pour un festival en 1958. Le film bouleversant d'Olivier Masset-Depasse, Illégal, mène la danse des nominations avec une présence dans 8 catégories, dont celle du Meilleur Film. Laquelle a également retenu Les Barons (succès commercial aussi rare qu'appréciable avec ses 135 000 entrées), Amer (variation frissonnante sur le "giallo") et Mr Nobody, l'ambitieux spectacle science-fictionnesque d'un Jaco Van Dormael qui officiera par ailleurs en tant que... président de la soirée! L'intention affichée par Cécile de France de boycotter une cérémonie jugée par elle un tantinet déplacée en ces temps de crise politique et de fantasmes séparatistes, puisqu'elle concerne le seul cinéma belge francophone, est venue ajouter une note polémique. Il fut répondu à l'actrice (nominée pour S£ur sourire) que des Flamands figurent dans le jury des votants, et que quelques (rares) nominations vont à des artistes de l'autre communauté linguistique. Et surtout que le cinéma flamand se décerne lui-même, depuis 2010, des prix remis lors du Festival d'Ostende ( La Merditude des choses y a triomphé)... Peut-on rêver de voir prochainement les 2 organisations fusionner pour célébrer le cinéma belge dans son ensemble? Certains, parmi les créateurs de l'idée des Magritte, le souhaitent et l'espèrent, même si les différences entre les 2 marchés sautent aux yeux. Autant le public flamand affole régulièrement les compteurs de "ses" propres films (1,2 million d'entrées pour Loft, plus de 700 000 pour De zaak Alzheimer), autant les francophones boudent généralement leur plaisir (plus de 700 000 tickets pour Le huitième jour mais seulement 26 000 pour Nue propriété et... 8 000 pour Irina Palm). S'il n'explique pas tout, le parti pris "auteuriste", noble mais forcément moins vendeur, des cinéastes francophones permet de relativiser un peu ces chiffres. Mais en attendant -et ne sommes-nous pas devenus les champions de l'attente?-, calons-nous dans notre fauteuil et profitons du spectacle, c'est pour la bonne cause! l u LE 05/02 À 20 H AU SQUARE (NOUVEAU PALAIS DES CONGRÈS) À BRUXELLES. RETRANSMISSION EN DIRECT ET EN CLAIR SUR BETV. ET LE SURLENDEMAIN À 21 H SUR TV5 MONDE. u WWW.LESMAGRITTEDUCINEMA.COMTEXTE LOUIS DANVERS