"Happy people have no stories." L'adage est connu, et ne s'est jamais autant vérifié, semble-t-il, que dans la création cinématographique et télévisuelle contemporaine. En particulier aux Etats-Unis. Car si les gens heureux n'ont pas d'histoires, les spasmes, nombreux et violents, qui ont agité l'Amérique au cours de ces dernières décennies lui ont donné matière à en raconter des flopées. De la Seconde Guerre mondiale au conflit irakien en passant par la crise de Cuba, l'assassinat de Kennedy, le bourbier vietnamien, le Guerre du Golfe et autres attentats du 11 septe...

"Happy people have no stories." L'adage est connu, et ne s'est jamais autant vérifié, semble-t-il, que dans la création cinématographique et télévisuelle contemporaine. En particulier aux Etats-Unis. Car si les gens heureux n'ont pas d'histoires, les spasmes, nombreux et violents, qui ont agité l'Amérique au cours de ces dernières décennies lui ont donné matière à en raconter des flopées. De la Seconde Guerre mondiale au conflit irakien en passant par la crise de Cuba, l'assassinat de Kennedy, le bourbier vietnamien, le Guerre du Golfe et autres attentats du 11 septembre, aucun trauma en effet qui ne soit avalé puis recraché par l'usine à rêves -ou à cauchemars, en l'occurrence- américaine. Avec, en pointillés, l'idée de digérer une fois pour toutes ces (très) mauvais souvenirs? Pourquoi pas, après tout, quand on connaît la puissance cathartique de l'art et les vertus cicatrisantes inhérentes au simple fait de revivre une expérience traumatisante, ne fut-ce qu'à travers le prisme, forcément déformant, de l'imaginaire ou de la fiction. Au fond, de JFK en The Hurt Locker, de Forrest Gump en In The Valley of Elah, de Thirteen Days en World Trade Center, l'Amérique de ces dernières années ne serait-elle pas en train de s'offrir rien moins qu'une thérapie à grande échelle sur les écrans? Tendance, massive, que la télévision n'a pas tardé à imiter, multipliant notamment les séries de guerre (dernière illustration en date: The Pacific) ou marquées du sceau post-11 septembre (plus bel exemple à ce jour: Rescue Me). Et qui mieux aujourd'hui que David Simon pour traiter d'une Nouvelle-Orléans d'après le désastre que l'on sait, lui qui n'a jamais cessé de gratter les plaies béantes de ce grand corps fiévreux qu'est l'Amérique? Avec The Corner et surtout The Wire, cet ancien journaliste de Baltimore reconverti en créateur de séries pour le réseau HBO dressait le portrait tout sauf reluisant d'une agglomération US gangrenée par la criminalité, la drogue et la corruption. Tandis que dans Generation Kill, il s'attachait à dépeindre, dans le style ultra réaliste et sans concession qu'on lui connaît, le quotidien des fils de l'Oncle Sam partis s'esquinter la santé mentale, à tout le moins, en Irak. Ce dimanche 11 avril, il lance Treme -toujours pour HBO- sur les petits écrans américains. Du nom d'un quartier de La Nouvelle-Orléans où fleurissent les brass bands et où se croisent les cultures noires et créoles, la série situe son action quelques mois après le passage de l'ouragan Katrina et a pour ambition de montrer comment ses habitants tentent de reconstruire leurs foyers et, plus largement, leurs vies suite à cette catastrophe. D'aucuns parlent déjà de la série la plus attendue de l'année. Partant du principe qu'à grands malheurs, grandes histoires potentielles, on ne peut pas leur donner tort... LA CHRONIQUE DE NICOLAS CLéMENT